#075 – Quand j’étais petit…

  • …j’avais un copain qui ne voulait pas manger de volaille, alors sa mère lui faisait manger des dindosaures en lui disant que c’était du sanglier. Il les mangeait bien, pour être fort comme Astérix.
  • …j’avais une copine qui était allergique aux fraises. Un jour sa mère est venue la chercher à l’école et elle avait les joues remplies de gros boutons rouges. Sa mère lui a demandé : « tu as mangé des fraises ?! » et elle a répondu : « Non, j’ai bu que le jus. »
  • …j’avais une passion pour la nourriture. Si on m’avait demandé ce que je préférais dans la vie, j’aurais répondu le camembert, la grenadine et les trucs à la vanille. Pas loin derrière il y aurait eu les dindosaures.
  • …j’avais un copain qui avait un trou tellement grand dans le talon (du pied, pas de la chaussure) qu’on pouvait y mettre le doigt presque en entier dedans.
  • …j’avais un chat qui, si je rigolais beaucoup ou si je pleurais fort, montait sur mon lit et me mordait.
  • …j’avais un copain avec qui on jouait aux comiques derrière chez lui. Lui il faisait Bigard et moi je faisais Lagaf’.
  • …j’avais une copine qui dessinait mal les « s ». Un jour je lui ai dit qu’elle les enroulait trop, mais sa mère qui passait derrière lui a dit que c’était pas vrai, qu’elle dessinait très bien les « s ». Menteuse.
  • …j’avais un copain dont le papa était policier et qui un jour avait amené ses menottes à l’école. En vrai, c’était des fausses très bien imitées, mais la maîtresse était quand même en colère.
  • …j’avais un arbre préféré dans la cour de l’école. C’était un vieux mûrier qui avait des branches toutes difformes dans les nœuds desquelles on avait l’impression de voir des visages grimaçants et des têtes de mort. Avec mes copain on s’asseyait toujours autour aux récréations. On l’appelait l’arbre de la peur.
  • …j’avais un copain anglais. Un jour, il s’est trompé de date pour le carnaval de l’école et il est arrivé déguisé en vampire. Il faisait « gwwwaou gwwwaaouuu » à tout le monde en gigotant les doigts, il était super content. Puis il a compris qu’il s’était trompé. Il a dû garder son costume toute la journée et les autres se sont moqués de lui. J’ai eu tellement de peine pour lui que j’ai failli pleurer.
  • …j’avais une copine dont la maman me gardait certains jours. Quand elle était malade, je n’allais pas à l’école pour rester jouer avec elle.
  • …j’avais plein de figurines dragon ball. Aujourd’hui, à l’association où je travaille, un petit garçon de sept ans est venu me demander si on avait des figurines dragon ball. On n’en avait pas. J’étais triste pour lui.
  • …j’avais un copain qui était très gros, alors les autres le faisaient tomber par terre et lui donnaient de coups de pied en le traitant de grosse patate. Plus tard il est devenu méchant.
  • …j’avais un copain qui ne savait pas se moucher, alors sa mère lui tenait le mouchoir sous le nez et lui disait : « Fais le dragon » et lui il faisait le bruit du cochon. C’était le même qui voulait pas me croire quand je lui disais que les dindosaures, c’était pas du sanglier.
  • …j’avais un copain qui s’appelait Évian. Les autres l’appelaient « l’eau pure des égoûts ». Moi j’essayais d’être son copain, mais il voulait parler à personne. Plus tard son père m’a expliqué qu’il avait été traumatisé en arrivant dans cette grande école de cent élèves. Dans son ancienne école à la campagne, ils étaient cinq.
  • …j’avais une copine qui, quand les garçons l’emmerdaient, criait : « SAILOOOOOR MOON ! » avant de leur balancer un grand coup de pied dans les couilles avec ses semelles compensées (pour raisons médicales).
  • …j’avais un copain qui avait une casquette polaire avec des cache-oreilles intégrés. C’était Évian. Comme c’était la première fois qu’on voyait ça dans notre sud profond, on a appelé ça des oreilles d’Évian pendant des années.

#068 – Fleur contre fusil

Dernier point sur les vocaloids, après je n’en parle plus, promis. Quand on ne cause pas japonais, ou pas assez bien, il est vraiment difficile de trouver quoi leur faire chanter. Le problème c’est qu’on ne peut pas non plus composer un air d’abord et y coller des paroles plus tard quand on n’a encore développé aucun instinct de la langue en question. Les meilleures mélodies pour voix sont celles qui collent avec le texte, qui jouent avec la rythmique et les intonations naturelles du langage. Pour remédier à ça, je m’entraine donc en ce moment en utilisant des textes courts que je trouve ici ou là.

Voici par exemple v4 flower qui vous chante le 9ème article de la constitution japonaise.

ブイフラワ – 日本国憲法第9条

日本国民は、正義と秩序を基調とする国際平和を誠実に希求し、国権の発動たる戦争と、武力による威嚇又は武力の行使は、国際紛争を解決する手段としては、永久にこれを放棄する。

前項の目的を達するため、陸海空軍その他の戦力は、これを保持しない。国の交戦権は、これを認めない。

Pourquoi l’article 9, me demandez-vous, et pas le 7 ou le 10 ? Parce qu’il a quand même de la gueule cet article 9. En voilà la traduction :

Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.

Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l’État ne sera pas reconnu.

Cela dit, le gouvernement en place au Japon, droite conservatrice, cherche actuellement, et depuis un moment, à modifier cet article. Ou, si vraiment trop de voix continuaient à s’élever pour les en empêcher, à en proposer au moins une réinterprétation. Ce qui a déjà été fait plusieurs fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Qu’est-ce que je voulais vous dire aujourd’hui déjà ? Je ne sais plus vraiment, je suis fatigué. Bon ben c’est déjà pas mal, vous avez eu droit à un mini-morceau de musique expérimentale et à un point histoire, vous n’allez quand même pas vous plaindre ?

Allez, à demain.

#061 – Regarde maman je suis pas tombé

« Regarde maman je suis pas tombé », c’est ce que j’ai entendu un petit garçon répéter à sa mère alors que je marchais le long d’un parc en rentrant chez moi. Trois fois. « Regarde maman je suis pas tombé. Regarde maman je suis pas tombé. Regarde maman je suis bas tombé. » J’imagine qu’au moment même où sa mère a tourné la tête vers lui le mioche s’est lamentablement gaufré, comme il est de coutume. En tout cas, après, il s’est tu ou alors j’étais trop loin pour l’entendre.

Tout en marchant, je me suis fait plusieurs réflexions en repensant à cette phrase. La première, c’est qu’en général on attire l’attention de quelqu’un sur quelque chose qu’on a fait, pas sur quelque chose qui ne s’est pas produit. Vraiment aucune logique ces mômes. La deuxième, c’est, comme je vous l’ai dit, que ce que vous voulez montrer marche toujours très bien jusqu’à ce qu’une personne y porte enfin le regard sur vous, ce qui est vraiment étrange. M’est avis que si on voulait trouver la preuve que nous existons dans une simulation, c’est de ce côté-là qu’il faudrait fouiller. La troisième, c’est que j’ai la cruelle sensation que nous sommes tous des enfants qui, par chacun de nos actes, passons nos vies à répéter dans un néant d’attention total : regarde maman je suis pas tombé·e.

Hein ? Oui, c’est tout pour aujourd’hui. Bonne déprime à vous également.

#047 – Être appelé·e par son prénom

Je vais pas vous la faire façon mauvais stand-up. Quoi que… Allez, si. Version mauvais stand-up : « On a tous vécu ça, le moment où on t’appelle par ton nom de famille et ton prénom… » *rires* « [imite un vieux professeur] M’Rabet Jérémie !! » *rires* « On sait que ça va chauffer pour notre cul quand ça commence comme ça. » *rires* *rires* (oui, deux fois, le comédien a dit « cul »). C’est presque aussi nul que ce genre de stand-up, de se moquer de ce genre de stand-up. C’est comme si je vous disais : on a tous vu, un jour, un comédien commencer ses phrases par « on a tous vu, un jour, … » Alors j’arrête là. Cela dit le comédien n’aurait pas tord. Quand une personne que vous avez l’habitude de côtoyer se met à vous appeler par votre nom de famille suivi de votre prénom, ça va généralement chauffer pour votre cul, ou c’est du second degré.

Pourtant, il y a pire. Être appelé·e uniquement par son prénom, mais par un·e parfait·e inconnu·e. C’est ce qui m’est arrivé aujourd’hui. Je vous l’ai dit, je suis bénévole dans une association quelques heures par semaine. Quand je ne suis pas occupé à récupérer des livres ou à les mettre en rayon, je les vends au profit de l’association. À ces moments, je suis donc derrière une caisse enregistreuse. Et je porte un petit badge de bénévole. Un petit badge avec mon prénom écrit dessus.

Sauront ceux qui savent.

Eh bien ça n’a pas manqué. On m’a appelé par mon prénom. Aujourd’hui-même, encore une fois. Mon cerveau a mis un petit moment à connecter les deux neurones qu’il fallait l’un à l’autre. Quand j’ai entendu « Merci Enrico » (oui, oui, je vous ai avoué m’appeler Enrico dans cette note autobiographique certifiée 100% véridique), j’ai d’abord regardé à droite et à gauche pour voir qu’elle ancienne connaissance m’avait retrouvé ici, avant de comprendre que je portais le badge et que c’était la femme juste devant moi, de l’autre côté du comptoir, à qui je venais de donner son livre qui m’avait ainsi remercié. Un peu gêné, je lui ai répondu quelque chose du genre : « ah oui, j’oublie toujours. » On a un peu ri, puis elle s’est en allé. On ne peut pas dire que ça m’a franchement agacé. Elle était à peine plus âgée que moi, et son copain était juste à côté. Ils souriaient tous les deux de l’effet de sa petite blague et de ma réaction, mais c’était clairement pas méchant. Vraiment gentillet même. Et puis y a le cadre aussi, c’est une association. Ambiance décontractée, en tout cas au rayon des livres.

Toutefois, je l’ai dit, sur le coup je me suis senti gêné. Gêné de n’avoir pas compris qui m’appelait alors que la personne était juste devant moi, d’accord, mais aussi gêné tout court parce que je ne me suis jamais présenté à cette personne. Je porte le badge pour m’identifier en tant que bénévole, pas pour qu’on m’appelle par mon petit nom. On pourrait pas vraiment me qualifier de sauvage, mais je vouvoie beaucoup, par exemple. Le tutoiement ne m’est pas toujours naturel. J’aime garder une certaine distance avec les gens que je rencontre pour la première fois, et il me semble que ça se respecte. Vous même je vous vouvoie souvent, d’ailleurs.

Donc, comme je le disais, dans le cadre de l’association, fait sans mauvaise intention, c’est passé. Mais, quelques minutes plus tard, j’ai repensé à cet article lu je ne me souviens plus où sur le port de l’uniforme et du badge en entreprise, et tout particulièrement pour les caissières·caissiers. On pouvait y lire que le fait qu’un client vous appelle par votre prénom pouvait vite tourner au harcèlement. Déjà, par le port du badge, la relation devient asymétrique, l’autre connaît votre prénom, vous ne connaissez pas le sien. La plupart des clients·es qui s’en serviront le sentent bien. Que répondre à « Alors, Enrico, elles viennent ces frites ! » ? Rien, vous vous la bouclez. Allez pas risquer de l’appeler par un prénom au hasard, ça ferait mauvaise moquerie. Au mieux vous répondez « Tout de suite monsieur. » Si vous tenez à votre emploi, vous vous écrasez. Comment justifier de s’emporter, même si le manque de respect est flagrant, quand votre prénom figure sur votre badge. Ce serait même fait un peu pour ça, le badge. Bon et je ne parlerai même pas des tentatives de drague par des lourdingues, voire des cinglés·es, qui maintenant savent comment vous vous appelez. Une histoire à vous faire détester entendre votre prénom.

Bref, je ne porterai plus mon badge. J’aime pas bien ça. Au fond, se faire appeler par son prénom par des gens qu’on ne connaît pas est un peu l’équivalent de se faire appeler par son nom de famille et son prénom par des proches. Dans les deux cas, on peut s’imaginer que les minutes qui vont suivre seront à rajouter à la longue liste des vexations qui jalonnent l’histoire de nos interactions ratées avec d’autres membres de notre espèce.

Mais allez, ne nous quittons pas sur cette note un peu triste, rions plutôt un bon coup avec la condition des femmes. Deux vieilles publicités vues à l’association dans une revue de 1949. La première est un classique, la deuxième un régal de bon goût.

À demain.


#040 – Faudra penser à revenir me voir de temps en temps

Je reprends sans avoir trouvé le moindre élément de réponse aux questions posées dans l’article précédent. Ce n’est ni la première ni la dernière fois que je me montre inconséquent. Toutefois, j’ai décidé de réduire cette dernière qualité, l’inconséquence, au minimum (façon de parler). Comment ? J’y viens.

Il y a déjà un bon moment, j’ai quitté le trombinoscope, n’étant pas d’accord avec l’utilisation qu’ils faisaient des données, les petits tests psychologiques auxquels ils s’adonnaient sans en informer les utilisateurs, leurs censures et les pubs insérées entre deux contenus créés par des utilisateurs. Je déteste vraiment la publicité, et je l’ai détestée davantage encore quand elle s’est glissée entre deux tranches d’amis pour donner l’illusion d’être du contenu comme un autre et non un moyen de vous manipuler pour vous faire cracher de l’argent. Il y encore bien des choses qui me hérissent le poil chez eux, mais je veux faire cours. Alors, au lieu de me plaindre plus longtemps, j’ai simplement décidé d’arrêter d’utiliser ce service.

Qu’en est-il de gazouilleur ? Je le déteste un peu moins que trombinoscope, mais on s’y bouffe aussi pas mal de publicité. Seulement voilà, moi-même j’y fais de la publicité, même si c’est pour un blog gratuit d’accès et, lui, sans publicité. Je m’en veux. Au lancement de Montpelliérien (aujourd’hui il y a de la publicité sur celui-ci, car n’ai pas les moyens de payer pour ôter la publicité de deux blogs gratuits si je veux conserver un toit sur ma tête et manger chaque jour (l’argent de la pub ne me revient pas, évidemment, il va à wordpress qui propose l’hébergement gratuit)), je ne voulais entendre parler d’aucun réseau social. Je rêvais de ces réseaux de blogs et de sites perso qui n’avaient pas besoin d’un hub central pour exister. Surtout, un hub détenu par une grosse entreprise privée. J’espérais que marche le bouche à oreille et que tombent dessus par hasard quelques internautes égarés dans la jungle du net. Là, j’ai été faible. Constatant que sans trombinoscope ni gazouilleur, j’étais rivé à 0 visites, j’ai cédé pour gazouilleur. Mais c’est fini. Enfin, c’est bientôt fini. Et tant pis si plus personne ne visite le blog. Je vivrai mieux avec moi-même.

Ce matin, j’ai appris que gazouilleur allait héberger ses données, les données des utilisateurs donc, de moi, de vous peut-être, sur le nuage du moteur de recherche au logo multicolore. C’est ce qui a fini de me pousser à quitter ce service également. Je n’en peux plus de cette boîte tentaculaire, celle au logo multicolore, dont plusieurs personnes ont démissionné ces dernières années à cause, selon leurs dires, de l’abandon de l’entreprise de toute forme d’éthique. Non, une entreprise sans morale, ça n’existe pas, hein ? Une entreprise qui pour faire encore plus de profit accepte de censurer les sites qui dérangent certains gouvernements au mépris d’une population de plusieurs milliards d’individus, une entreprise qui fouille dans vos e-mails pour vous fourrer sous le nez de la pub qui vous correspond (Est-ce que j’ai déjà dit que la pub c’était de la merde ?), une entreprise qui a accès à tout ce qui se passe sur trois téléphones en circulation sur quatre… Et j’en passe… Enfin, bon, en gros, je ne souhaite pas contribuer à faire grossir cette entreprise, donc fini. Fini quoi ? J’ai déjà dit, fini gazouilleur. Mais aussi fini gcourrier, fini toitélé (et pas seulement fini le compte toitélé, non, fini d’aller consommer du contenu sur toitélé, on trouvera autre chose qui n’engraisse pas le gigantesque troll), fini robotd’apparencehumaine aussi. Et le moteur de recherche ? C’était déjà fini depuis longtemps, en ce moment je suis sur canardcanardva.

Attendez, tant qu’on y est, je ne francise pas les noms des marques par haine de la langue anglaise ou des entreprises américaines, je suis pas patriote pour un sou, c’est seulement pour ne pas renforcer encore la présence de la marque telle qu’elle veut se montrer dans vos cervelles pour la milliardième fois.

Combien de temps ça va prendre pour arrêter tout ça ? Gazouilleur, c’est pour lundi, histoire que les quelques personnes qui venaient de là aient eu le temps d’apprendre qu’il faudrait venir par ses propres moyens (autant dire que plus personne ne viendra). Toitélé, c’est pour ce soir, le temps de virer mes propres vidéos, je me fiche de trouver une alternative tout de suite. Gcourrier ? Ça va être un peu plus long. Il va me falloir trouver une boîte qui m’est éthiquement plus sympathique et qui garantisse également une sécurité assez forte pour que je puisse y créer une adresse principale qui me serve pour les impôts, la caf, l’assurance maladie, tout ça quoi. Robotd’apparencehumaine aussi, il faudra que j’économise un peu pour acheter une téléphone non-intelligent (parce que la concurrence me débecte tout autant), mais ça ne me manquera pas, vu que j’ai pas internet dessus.

Restera encore le blog. Il faudra que je trouve une entreprise transparente qui propose des serveurs qui ne fracassent pas la planète (pareil pour la boîte e-mail) ou dans une moindre mesure que ceux de wordpress. Ça aura également le mérite de me coûter moins cher pour ce qui est de vous proposer du contenu sans pub autour, que ce soit pour mes projets en cours comme ce blog, ou ceux à venir. (Pour être hébergé sur les serveurs wordpress et virer la pub, c’est 48€ par an par blog, plus 18€ par an pour avoir une adresse en .com (qui avant était comprise dans le plan pour virer les pub mais plus maintenant)). Enfin bref, tout ça est en cours.

Vous aussi, vous trouvez que les entreprises qui fournissent les services que vous utilisez font vraiment de la merde et contribuent à pourrir le monde ? N’utilisez plus leurs services. Sinon, n’est-ce pas se rendre complice ? Promis je n’utiliserai plus cette phrase bien trop facile à l’avenir, c’était pour marquer la continuation d’avec hier. Mais enfin, quand même, y a un fond de quelque chose à méditer. Il me semble que quand on souffre de l’idée que des crevures assoiffées de pognon prêtes à sacrifier des peuples pour leur profit ruinent votre monde, il faut arrêter de participer à leur commerce à moins d’être vraiment maso. Et tant pis si on a pas l’air cool. Et tant pis si on a pas le dernier joujou à la mode. Et tant pis si c’est se battre contre des moulins à vent. Ces moulins à vent-là sont de vraies saloperies. Je veux pas le dernier joujou s’il est maculé de sang. Avoir l’air cool, c’est pour les cons.

J’ai toujours mal à la tête.

#033 – Il est 19h18 et je mange des céréales

Le titre de cet article aurait pu être « Avez-vous déjà transporté des meubles dans le métro ? Moi je viens de le faire, je ne vous le conseille pas » ou bien « Aujourd’hui j’ai acheté huit livres en japonais parce qu’ils coûtaient que dalle sans savoir de quoi ils parlaient, résultat je me retrouve avec la biographie d’un ultra-capitaliste et un manuel pour lire son avenir selon son groupe sanguin », ou encore « hier j’ai encore dormi six heures, j’ai besoin d’une nuit complète sinon je vais finir par agresser quelqu’un, et expliquez-moi à quoi ça sert d’être sans emploi si on n’a même pas le temps de dormir ? » ou même « Y vont bien finir par s’apercevoir que sous prétexte de trouver des titres hypothétiques je ne vais, une fois de plus, rien écrire d’intéressant aujourd’hui », ou alors « Dans dix minutes je suis en pyjama et j’en sors pas avant lundi ». Mais non, c’est « Il est 19h18 et je mange des céréales », ce qui n’est déjà plus vrai puisqu’il est maintenant exactement 19h26 et que j’ai fini de manger mes céréales pour pouvoir écrire ce texte. C’est du voyage dans le temps à pas cher. Profitez, c’est cadeau. Allez, j’arrive plus à garder les yeux ouverts et du coup je tape à côté des touches que je vise sur mon clavier, c’est signe qu’il faut que je vous laisse. J’essaierai de me rattraper demain. Bisettes.

#026 – Femmes, Japon, mon article à trois ronds

« Akechi venait d’échouer. Du moins s’était-il acquitté de son rôle de protecteur envers Sanae. M. Iwase, qui lui était infiniment reconnaissant d’avoir sauvé sa fille, ne s’attarda pas à commenter ses compétences. Mais c’était une piètre consolation pour le détective, d’autant plus vexé qu’il s’était fait rouler par une femme. Et bien plus, quand il apprit de la bouche même de ses hommes que son adversaire s’était enfui après s’être travesti. »

Amis et -mies de la littérature japonaise, bonjour. Ce charmant paragraphe était un extrait du Lézard noir d’Edogawa Ranpo, publié pour la première fois en 1929 dans sa version originale, ici dans une traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle aux éditions Philippe Picquier de 1993.

Oh, que je me dis, en lisant ça. Est-ce l’auteur ? Est-ce le personnage ? Comme je n’ai pas fini de lire, à ce stade, je réserve mon jugement. Même si quelques chapitres plus tôt, le paragraphe « A première vue, à les voir ainsi marcher ensemble, on aurait pu dire qu’elles se ressemblaient. C’est à croire que les belles femmes n’ont pas d’âge car Mme Midorikawa, qui avait dépassé trente ans, semblait aussi fraîche et innocente qu’une jeune fille », m’avait également chatouillé. Eh, c’est que je suis sur twitter, je ne pouvais pas lire ça sans penser à la polémique suscitée récemment par les propos d’un certain homme médiatique Français recueillis par un magazine classé « presse féminine ». Laquelle polémique me fit penser à moi-même au cours d’une soirée entre amies et -mis, qui, me rendant compte que mes deux amies les plus proches sortaient avec des hommes de (à la louche) dix et quinze ans de plus qu’elles et que mon père avait vingt ans de plus que ma mère, disait en plaisantant que, jaloux, moi aussi je voulais une copine plus jeune que moi ! J’étais célibataire à l’époque. Je dis donc « en plaisantant », mais quand même. Y avait un fond de quelque chose caché quelque part, dans un coin sombre. Je suis conditionné comme toutes et tous par mon milieu (au sens large) à réagir d’une certaine façon à certains stimuli, même si j’essaie chaque jour de m’affranchir un peu plus de ce conditionnement par la pensée et par les actes. Je suis d’avis qu’on ne s’en sort jamais vraiment, du petit numéro de cirque pour lequel on a été dressé·e, mais que ce n’est pas une raison pour ne pas lutter contre. Bon. Où j’en étais ? Ah oui. Edogawa Ranpo et les hommes d’autant plus vexés que c’est une femme qui les roule, et une femme belle qui bien qu’elle ait trente ans passés semble fraîche et innocente comme un jeune fille.

En lisant quelques éléments biographiques concernant l’auteur, Hirai Tarō (oui, Edogawa Ranpo c’est un pseudonyme, vous avez trouvé tout·e seul·e à quoi ça faisait référence ? Non ? Cherchez plus longtemps alors.), je découvre qu’il se lance après la seconde guerre mondiale dans une sorte de compétition avec l’un de ses amis anthropologue, Iwata Jun’ichi. En quoi consiste leur compétition ? Voir qui trouverait le plus de livres contenant des passages sur l’attirance sexuelle entre hommes. Car Iwata étudie l’homosexualité dans l’histoire du Japon. Je pense : mais quand même, si Hirai étudie l’homosexualité lui aussi, c’est qu’il doit forcément être moins plein de préjugés sur le genre que ce que ces quelques (c’est joli « que ce que ces quelques », non ? Ah bon.) phrases citées plus haut ne le laissent présager. Je cherche donc du côté des études menées par Iwata et… eh ben non, en fait. Pas forcément.

Attention, je ne dis pas que j’ai cerné le bonhomme, je dis juste que lorsque je lis que le wakashudō (la voie des jeunes hommes), qu’étudiait Iwata, consistait à encourager les relations amoureuses et sexuelles entre vieux hommes et jeunes garçons au sein de la classe des guerriers car (je cite wikipédia) « on la considérait [la pratique] comme bénéfique pour le garçon, en ce qu’elle lui enseignait vertu, honnêteté et sens du beau » et que « lui était opposé l’amour pour les femmes, accusé de féminiser les hommes », je me dis qu’on ne nage pas forcément dans la compréhension et l’acceptation des préférences de chacun·e, ni dans l’idéal d’égalité des sexes et des genres. J’ai été naïf. (Au passage, si vous voulez en savoir plus sur la wakashudō et que vous lisez l’anglais, je vous conseille de lire cet article qui est assez bref mais a le bénéfice de contenir pas mal de citations et tire un parallèle avec les pratiques pédérastiques de la Grèce antique, bien qu’il ne dise presque rien sur la place des femmes dans cette doctrine.) Si j’ajoute à ça qu’Hirai publie bon nombre de ses nouvelles dans des magazines destinés aux jeunes garçons et que ses personnages les plus connus (Kogorō —de son prénom Akechi, ouais le rageux, c’est ça— et Kobayashi) sont apparemment souvent décrits comme leaders du Shōnen tantei dan (club des (jeunes) garçons détectives), je me dis que ça ne m’étonnerait finalement pas que les femmes, il les écrive comme veulent les lire les petits garçons Japonais de son temps. C’est-à-dire insolentes et causes de frustration si elles osent se montrer supérieures à un mec dans un quelconque domaine, objets de désir mais aussi dangereuses qu’elles sont attirantes et sexuellement actives, et méchantes manipulatrices (et ce n’est ni Le Lézard Noir ni La Proie et l’ombre (du même auteur) qui me feront penser le contraire.

Bon, mais tout ça, c’est l’ancien temps, hein ? 1929 pour Hirai alias Edogawa, le deuxième millénaire pour le wakashudō. Sûr qu’aujourd’hui, les femmes sont bien mieux considérées au japon, qu’on leur attribue sans préjugé la même valeur et la même place dans la société qu’aux hommes. Hein ? Ben non patate. Tu te doutes bien. L’Université de médecine de Tokyo est accusée d’avoir diminué les notes de femmes s’étant présentées au concours d’entrée, et c’est très récent. Je traduis vite fait quelques passages de la version anglaise du journal Mainichi : « les personnes chargées de la dernière enquête ont trouvé que 66 femmes et 43 hommes avaient été recalés malgré des notes assez hautes pour être accepté aux concours sur une période de quatre ans s’achevant en 2016. Si l’on décompose année par année, 27 hommes et 15 femmes ont été recalés en 2013, 7 hommes et 17 femmes en 2014, 4 hommes et 18 femmes en 2015, et 5 hommes et 16 femmes en 2016. (…) Selon le rapport, l’ajustement des notes au concours d’entrée en fonction du sexe des candidats et d’autres critères aurait commencé en 2006 sous l’ex-président de l’université Hiroshi Ito, qui nie ces accusations. Et en ce qui concerne la raison de cette manipulation des notes, toujours selon le rapport, les personnes chargées de l’enquête ont trouvé que trois des précédents présidents, ainsi que d’autres responsables hauts placés de l’université, pensaient que le ratio des candidates femmes devait être diminué autant que possible parce que « les femmes ont tendance à démissionner de leur poste à cause du mariage et des grossesses. » » On ajoutera pour clôturer le tout : « « Les médecins doivent être forts physiquement pour supporter des horaires de travail éprouvants », rapporte à The Asahi Shimbun une étudiante paraphrasant l’un de ses instructeurs, » rapporte le Courrier International.

Est-ce qu’on parle aussi du numéro du magazine Shukan Spa! (classé « presse masculine ») sorti il y a deux semaines au Japon et qui propose un classement des universités en fonction de la facilité qu’on y a à se taper des étudiantes ? Non, vous avez raison, pas tout d’un coup. Ce serait de la gourmandise.

Allez, sur cet article bien bâclé, je me barre. Je comptais faire plus complet, mais en fait j’ai la flemme. Je rappelle aux rageux et -geuses que je ne suis ni journaliste, ni universitaire et que je traite comme je veux des sujets que je veux, et que je ne me relis pas forcément. Pouvez quand même me chier dessus dans les commentaires si ça vous fait du bien, c’est fait pour ça. Allez, à demain.