#065 – Discussions

Hier, mon ami Feldo m’a dit qu’il n’avait pas pu poster de commentaire sur l’un de mes articles. Il aurait eu un message comme quoi il lui fallait créer un compte, ou un truc du genre. C’est la deuxième fois qu’on me rapporte ce problème. Mon amie Gwlad (qui prenait des photos pour mon ancien blog), elle non plus n’a jamais réussi à poster de commentaire ici. Voilà qui est bien fâcheux. Pourtant, les commentaires sont autorisés pour tout le monde sur chaque article, je reçois même assez de spams. Je ne demande même pas à ce que les commentaires d’un·e utilisateur ou -trice soient validés manuellement une première fois par moi pour qu’ils soient ensuite validés d’office. Je viens donc de retirer la dernière couche de protection anti-spam possible, c’est-à-dire que vous n’avez même plus besoin de fournir un pseudo et une adresse mail pour pouvoir commenter. Mais franchement, je ne vois pas ce que ça va changer, puisque nulle part je n’ai coché une option qui demanderait d’avoir un quelconque compte pour commenter.

Donc, si vous aussi vous recevez un message du genre, s’il vous plaît, faites une capture d’écran ou copiez-collez-moi ça, et envoyez-moi le tout dans les comment… heu, non, envoyez-moi ça par la rubrique contact, en haut à droite. Que je sache de quoi il s’agit et que je puisse trouver une solution. Franchement, je commence à en avoir ma claque de wordpress. Vraiment.

Bon, voilà pour les détails du fonctionnement. Des endroits où l’on peut discuter tranquillement en tout cas, ce sont les serveurs discord. Oh, non, je ne vais pas créer un serveur discord lié à ce blog, ça n’aurait aucun intérêt. Par contre ils fleurissent bel et bien dans tous les domaines : musique, langages, jeux vidéo, pâtes à crêpes… Tous, je vous dis. Tous. Pour celles et ceux qui ne connaitraient pas encore, ce sont des salons de chat ([TshaT] comme disent les phonétistes) écrit, vocal, et même vidéo maintenant. Chacun·e peut créer ses serveurs, et salons sur ses serveurs, et inviter qui il ou elle le désire à le ou la rejoindre pour converser.

Ça tombe bien car j’avais pris, très récemment, la décision de quitter reddit. Non seulement parce que j’y ai passé assez d’années comme ça, l’ambiance commence à me déplaire, mais surtout parce qu’ils ont reçu cent cinquante millions de dollars d’une des principales entreprises chinoises responsable de la censure de l’internet dans leur pays. N’en étant plus à mon coup d’essai, je prends mes responsabilité d’internaute : un service qui se prétend l’étendard de la liberté d’expression et qui empoche une somme colossale de la part d’une telle entreprise, je le quitte. Puisque c’est mon seul pouvoir en tant qu’utilisateur de service gratuit que de devenir un non-utilisateur, je le fais. Je voyais donc en discord une fabuleuse alternative à cela. Pensant aux discussions sur des sujets variés que ce service allait pouvoir m’offrir, avec des utilisatrices et -teurs des quatre coins de notre planète… plate ET carrée donc (ben oui, soyez un peu logique, si elle avait été cubique, ç’aurait été le huit coins du monde, réfléchissez). Eh bien,je vous le dis tout de suite, mon enthousiasme s’est vite raplaplatisé. La même entreprise chinoise qui a balancé cent cinquante millions dans reddit possède 10% de discord. Ai-je mentionné que, grâce à cette même entreprise, reddit et discord sont inaccessibles depuis la Chine ? Non, je ne l’avais pas mentionné. C’est réparé.

Fin de la rubrique « On sait plus où marcher sans casser des œufs, ça va finir par faire une grosse omelette mais y aura plus personne pour la manger. »

À demain.

#058 – Demain est un autre jour, du moins on l’espère, sinon y a quelques horlogers qui vont faire un peu la gueule

Aujourd’hui je suis au ralenti. C’est bâillement sur bâillement. Je n’ai pas quitté le pantalon de jogging qui me sert de pyjama, puisque je ne fais pas de jogging. J’ai traîné sur l’internet japonophone, ça m’a grillé le cerveau. Hein ? Non, vous ne me ferez pas dire que c’est parce qu’ils et elles sont foufou et fofolles ces Japonais·es, le sont pas plus que les Français·es ou que d’autres. Je me suis grillé le cerveau parce que je dois aller chercher chaque mot dans le dictionnaire, chaque tournure de phrase sur un site de grammaire. C’est épuisant. À lire déjà, c’est épuisant, mais à écrire… Une toute autre logique que les langues indo-européennes. Après des journées comme ça, je fais généralement des rêves peu agréables remplis de caractères japonais et chinois que je ne comprends même pas. Je les vois, et je me vois tenter de les déchiffrer. C’est pas les rêves les plus reposants. Mais enfin, c’est sans doute signe que quelque chose se passe là haut dans le cerveau, et on ne progresse pas sans se faire un peu violence dans ce genre de domaines.

Vous le sentez ce qui arrive, hein ? C’est que je vais arrêter ma note de blog là. Je n’ai aucune énergie. Je serais même peut-être un peu malade. Au minimum un chouïa déprimé. J’étais bien à fond depuis une semaine et demie, ce doit être le contrecoup. Ce blog me permet d’ailleurs de m’apercevoir de ces phases qui alternent sur des périodes très courtes. Il y a peut-être des périodes plus longues, mais je ne relis en général pas les articles datant de plus d’une semaine, je me fais à l’idée qu’il restera des fautes et que c’est comme ça. Et oui, si vous lisez le blog au jour le jour, vous vous tapez plus de fautes que ceux et celles qui lisent les articles tous les deux trois jours, c’est comme ça. Allez, j’ai dit que j’arrêtais là, j’arrête là avant de me répandre plus en phrases aussi alambiquées qu’inintéressantes.

#051 – Quand j’étais petit, mon dinosaure préféré c’était le stégosaure

J’avais une très bonne accroche pour aujourd’hui, mais je l’ai oubliée. Je savais exactement de quoi je voulais vous causer, mais ça m’est sorti de la tête. C’est un effet collatéral du manque de sommeil. J’ai dormi quatorze heures, donc je suis revenu à mon état normal, mais ce qui n’a pas été enregistré ne peut pas être retrouvé. J’aurais dû noter tout ça sur papier, je l’ai pas fait. Du coup je vais encore devoir trouver quelque chose au pied levé.

Aujourd’hui, c’était le retour du grand soleil, et c’est aussi le retour de mon amie. Coïncidence ? Si je vous dis ça, ce n’est pas pour vous prouver à quel point les sentiments amoureux rendent niais, mais pour que vous compreniez ce qui m’a poussé à aller faire les courses ce matin alors que depuis trois jours je me contente de rousiguer des quignons de pain sec qui trainent çà et là dans l’appartement. Oui ce çà-là prend un accent, j’en suis le premier surpris. Oui, rousiguer, ça existe, c’est un mot du sud qui veut dire ronger. Oui, si je vous dis que je suis sorti faire les courses, c’est qu’il y a une raison. Non, je ne vais pas vous parler du caissier qui a éternué deux fois sur mon panier et qui avait l’air d’être à l’article de la mort. L’article de la mort, ce n’est pas la. La est bien un article, mais dans ce cas-là, c’est l’article comme dans articulus, et ça désigne un moment du temps, comme dans la locution latine in articulo mortis. Bon, vous savez que j’ai la digression facile, ce n’est pas une raison pour m’y pousser, je vous prie donc de bien vouloir cesser ceci.

Donc, si je vous parle du fait que je suis allé faire les courses, c’est pour amener doucement le fait que je suis revenu de faire les courses. Revenu de faire les courses ou revenu d’être allé faire les courses ? On s’en fout. Alors que je passais juste devant la vitrine de l’ancien garage citroën (oui, je mets pas d’accent aux marques, faites-vous une raison), devant laquelle je m’arrête toujours quelques secondes, fasciné par le magnifique stégosaure rouge en acier (prénommé Gustave) de Romain Lardanchet, j’ai entendu une énorme voix rauque se mettre à brailler. Et rauque rauque. Tom Waits à côté c’est un castrat. Il en avait dans les bronches, le gars. Ça portait. En quelle langue hurlait-il ? Vraiment, impossible de le dire. Mais pas besoin de le savoir pour comprendre que c’était pas des gentillesses qui sortaient de sa bouche. C’était une voix en colère, c’était une voix de révolte, une voix accusatrice et pleine de reproches. Était-ce un gilet jaune ? Non. C’était un homme, sans doute saoul, à l’allure de qui-vit-dans-la-rue. Il était sur le trottoir d’en face, devant le supermarché le moins cher, mais instantanément après s’être mis à gueuler, il s’est précipité vers le côté de la rue où je me trouvais, toujours braillant. Ça faisait longtemps que j’avais pas vu une rogne pareille. Bref, il a traversé la route et les voies du tram sans même regarder si un véhicule arrivait, m’est passé devant comme si j’étais pas là, s’est posté devant la vitrine juste à côté, une où on ne voit rien à travers, et, pointant d’un doigt mauvais son propre reflet dans le verre, s’est mis à gueuler de plus belle.

J’ai continué à avancer, un peu perdu dans mes pensées, mais arrivé à la moitié de la rue de Marseille, qui n’est pas courte, je pouvais toujours l’entendre hurler contre son image dans la vitre.

Ça fait réfléchir.

À demain.

#044 – Underground

Attention : aujourd’hui, c’est long. Très long. Trop long.

Hier, je suis tombé sur le site d’un mec qui sortait tout juste de trois mois de ce qu’il a appelé sa « déconnexion ». Un gars qui lui aussi tient un blog, mais qui, lui, ne s’était jusque là jamais senti gêné semble-t-il de faire la publicité de ses articles sur les réseaux sociaux. Ayant pris conscience, à la suite de sa petite expérience, qu’il se sentait lui-même mieux sans la sollicitation constante des diverses notifications sous lesquelles on a tôt fait de se noyer lorsqu’on est abonné·e à ce type de services, il en vint à se poser la question de la présence soutenue de ses propres contenus sur ces plateformes et de l’effet négatif qu’elle pouvait potentiellement produire sur les autres utilisateurs·trices. N’ajoutait-il pas lui-même au brouhaha abrutissant dont il lui fut si plaisant de s’extraire un moment ?

À cette question, il semble qu’il réponde lui-même plutôt par l’affirmative. Face à cette problématique, il prend donc la décision de ne plus reposter ses anciens articles de multiples fois sur les réseaux les jours où il n’en écrit pas de nouveaux, de ne plus insérer de titres putàkliks en entête de ses liens, de ne plus forcément répondre aux commentaires intégrés sur ces plateformes, bref, de prendre des disposition visant à réduire sa contribution à la pollution informationnelle qui participe à notre besoin grandissant de stimulation constante, et donc à saboter notre capacité à porter longuement notre attention sur un sujet. Capacité nécessaire à une réflexion de qualité. Réflexion nécessaire à… hmm… Réflexion nécessaire afin de pas ne se rendre totalement esclave des injonctions à consommer du marketing, par exemple, ou à comprendre une situation donnée en prenant le temps d’en analyser les détails à tête reposée, plutôt que de balancer notre opinion telle qu’elle vient et, surtout, aussitôt qu’elle surgit de notre machine à réflexes idiots et idées prémâchées, ce qui est souvent dommageable à la société comme à l’individu, mais très profitable aux entreprises de réseaux sociaux, raison pour laquelle leurs systèmes sont finement réglés pour nous y pousser. Le blogueur en question propose également à ses lectrices·teurs de passer par les flux RSS pour consulter ses textes, c’est-à-dire par des marque-pages dynamiques dans son navigateur, ce qui permet d’être au courant des nouveautés sur des sites qu’on a soi-même soigneusement choisis, quand (et seulement quand) on décide de les consulter, sans être sollicité en cours de route par une multitude d’informations non désirées et de réclames.

Dans ses articles, il était également question d’ego. Être lu, ne pas l’être, voire, plus difficile à encaisser, ne plus l’être. Je me garderai bien de manipuler le terme d’ego, ayant très peu de connaissances en psychologie, mais comme je ne suis pas à une contradiction près, je vais tout de même me risquer à un peu de psychologie de comptoir. Je pense qu’on peut ici parler de :

  • désir d’être vu·e. Donc d’exister, car on n’existe pas seul dans le néant, ou alors on ne s’en rend pas compte. Comme disait Cavanna : « Pour savoir qu’on est Dieu, il faut être deux : Un qui est Dieu, et l’autre qui Lui dit : « Mon Dieu ». » Je pense que ça marche pour tout être capable de se penser.
  • désir d’être reconnu·e. Autrement dit de savoir qu’un·e autre que soi accorde de la valeur à notre travail. Avoir donc la sensation qu’on est accepté dans une sorte de groupe. Le sentiment, et semble-t-il le désir, d’appartenance étant fortement développé chez tout animal dit social.
  • besoin de rétroaction (feedback, chez les anglophones) ; lorsqu’on agit sur notre environnement, on attend une action de notre environnement en retour qui nous permet de nous assurer qu’on a bien agit sur lui. En l’absence d’un quelconque retour, on se désintéresse peu à peu, puis on cesse d’agir. Ce besoin de rétroaction est une préoccupation centrale dans la conception des réseaux sociaux ou des jeux vidéo. Ils permettent de garder l’utilisateur·trice engagé, comme on dit. Dans le cas des blogs : vues, likes, commentaires.
  • envie du toujours plus ou du pas moins. Car il me semble qu’on a toujours tendance à chercher à renforcer la sensation de plaisir qu’une action ou situation nous procure, ou du moins à vouloir la retrouver d’intensité égale à sa précédente manifestation.

Évidemment, tout cela a fortement fait écho en moi. Si vous avez lu les billets #039 et #040 vous savez que je me pose moi-même des questions assez proches thématiquement parlant.

La publicité me faisant depuis très longtemps l’effet d’un gros mollard bien vert craché en pleine gueule de la raison, d’une tentative de kidnapping de notre aspiration au bonheur en vue d’une rançon bien juteuse mais jamais satisfaite de la part de diverses industries canailles assoiffées de pognon, je me surveille énormément pour être bien sûr de ne pas reproduire ces techniques manipulatoires et intrusives afin de promouvoir mes gribouillis, écrivouillures et musicouilles. Que fais-je donc, vous demandez-vous, pour indiquer que je viens de fabriquer ceci ou cela ? Durant quelques années, j’ai posté des liens sur gazouilleur accompagnés d’une petite phrase pleine d’auto-dénigrement. Comme pour dire c’est là, mais franchement, moi je serais vous, je n’irai que si j’ai vraiment du temps à perdre. Cela dit c’était déjà trop pour ma conscience fragile. J’ai plusieurs fois arrêté et repris cette manière de faire. Aujourd’hui ? Eh bien… je ne fais rien. Je me contente de poser ça quelque part sur l’internet et d’attendre bien sagement que quelqu’un y tombe dessus. Tout autre démarche me paraît trop radicalement prosélyte, me donne l’impression de me transformer moi-même en marque, en produit de consommation, et en publicitaire. Dans ces conditions, vous vous en doutez bien, personne ne voit ce que je trafficote. Alors je continue à rêver du hasard qui fait que qui a des angoisses et des joies qui convergent finissent pas se trouver, du bouche à oreille, des abonnements au flux RSS de la part de ceux et celles qui ont accroché, et des petits réseaux non-centralisés entre fabricoteurs·euses de machins qui apprécient chacun·e le travail de l’autre.

Lorsque je tenais mon blog BD, entre 2007 et 2009, mes amis·es venaient d’eux·elles-mêmes consulter ce que je faisais tous les jours et commenter, et, entre blogueuses et blogueurs, on se suivait les uns·es les autres. Aujourd’hui, tout ça est bien fini. Trombinoscope a sans doute sa part de responsabilité dans l’affaire, et la nature humaine, main dans la main avec la culture marchande, a dû faire le reste. Deux réflexions, rapport à ça et aux différents désirs cités plus haut.

La première, c’est que j’ai personnellement toujours été assez attentif à ce que faisaient mes amis et amies, en matière de créativité. Je trouve fascinant que des personnes proches de moi fassent de la musique, dessinent, prennent des photos, filment, montent, jouent ou écrivent. J’aime les voir développer leurs techniques, évoluer dans leurs réflexions, leurs styles, leurs obsessions, leurs goûts, leur petite musique intérieure, leur pagaille et leurs tentatives de canaliser ça. Ça me file la pêche, ça me donne moi-même envie de fabriquer, ça me fait rêver à des projets communs dingues et pleins de fantaisie et d’inventivité, et de rires, et de discussions, et de rapports humains chaleureux et… et… je sais pas. Ça crée en moi un fabuleux bouillonnement d’envies et d’espoirs. J’aime encourager, porter de l’attention à ça. Pour moi, c’est là qu’est la vie, et c’était également comme ça que j’imaginais pouvoir organiquement montrer et voir sans imposer.

Hélas, j’ai tôt dû me rendre à l’évidence : cet engouement pour l’art brut, ou en amateur disons, et de proximité, n’est pas franchement partagé par le plus grand nombre. J’ai la triste impression, sans doute faussée par ma frustration, que si ça ne ressemble pas à du déjà connu, si ça n’est pas bien empaqueté par des pros du marketing, si ça n’est pas déjà valorisé par un assez grand nombre d’individus, si ça n’est pas vu dans les endroits où il faut être vu, la bonne vitrine du magasin qu’il faut, personne ne semble avoir la curiosité de venir voir de plus près ou de s’attarder sur vos créations de non-professionnel·le, même pas les amis·es proches. Dans mon entourage, par exemple, je connais une personne qui partage vraiment cet amour de l’artisanal de proximité, mon ami Feldo. C’est d’ailleurs, depuis la reprise du blog à Lyon, la seule personne présente dans les commentaires, à tel point que je pense parfois arrêter le blog et simplement lui écrire un e-mail par jour. J’exagère, mais c’est la personne qui a nourri avec le plus de constance cette envie, au fond un peu déçue, de continuer à fabriquer des machins, en portant de l’attention aux choses que fabriquaient les gens qui l’entourent, dont moi. Le fait qu’il n’y ait, parmi tous les gens que je côtoie, que lui dans lequel je reconnaisse vraiment cette façon d’entretenir la petite flamme, la petite envie de faire chez l’autre en y accordant tout simplement un peu d’attention, me fait dire que c’est une chose assez rare.

Mais c’est ainsi, il faut bien accepter cet état de fait, sans quoi on se met à en vouloir à son entourage, et ce n’est franchement pas cool pour eux. Je le dis d’autant plus honnêtement et honteusement que ça m’est arrivé par périodes, et que j’en ai encore parfois de petits relents de rancune injustifiés (sinon j’en parlerai sans doute pas ici). C’est que vraiment j’en ai rêvé très fort, de cette émulation créative et collective entre amis et -mies, et je mettrai certainement un petit moment à me défaire totalement de cette chimère. Voilà peut-être également une des raisons pour lesquelles les créationneuses et -neurs se tournent majoritairement vers les réseaux sociaux pour promouvoir leurs œuvres, ne trouvant pas public dans leur entourage proche. Après tout, quand on ne naît pas dans un milieu artistique, ça n’a rien d’étonnant.

La deuxième chose, c’est que ce réseau de blogueurs et de blogueuses qui se suivaient les uns·es les autres avait déjà certains défauts des réseaux actuels, mais il avait l’avantage de n’être pas centralisé. Les défauts ? D’un, la fauxculssité. Je commente chez toi pour attirer des gens chez moi, même si ce que tu fais, au pire me déplaît, au mieux m’ennuie profondément. De la publicité déguisée. Aujourd’hui, ça arrive sans doute encore mais les blogs non-présents sur les grosses plateformes de réseaux sociaux ne marchant pas des masses, les assoiffés·es de vues en déficit d’intégrité se sont déportés·es sur trombinoscope, gazouilleur et consorts. Beaucoup d’interactions remarquées sur gazouilleur me font penser à ça, et même les bots s’y sont mis aussi pour vous attirer vers des nids à malwares, sur nuagedeson notamment. Heureusement, tout le monde n’était pas malhonnête, et chacun·e avait d’ailleurs, sur son propre site, sa colonne de liens vers les blogs de celles et de ceux qu’il ou qu’elle appréciait vraiment. Bien que cette colonne ne soit pas expurgée de toute intrigue politique. De deux, on n’arrivait pas forcément à attirer grand monde d’autre que des blogueuses et des blogueurs, excepté pour ceux et celles qui étaient déjà connus·es avant leur blog, et des quelques génies qui ne manquèrent pas de se professionnaliser très vite. Mais, les blogueurs et blogueuses, c’était un vrai public ! Et un public de fabriqueurs et -queuses aussi, donc, de gens avec qui on pouvait, au moins théoriquement, partager beaucoup. On était donc 1) vu·e, et 2) reconnu·e par des pairs.

Pour ce qui est de l’avantage majeur de ne pas avoir un réseau centralisé sur une seule plateforme hyper-populaire, c’est que ça n’invisibilisait pas tous ceux et toutes celles qui ne se trouvaient pas sur cette plateforme. On avait alors encore l’habitude de voguer de lien en lien, et ainsi on se donnait plus de chances de tomber sur n’importe qui et n’importe quoi, du point de vue du public. Du point de vue des auteurs et autrices, on avait quand même un poil plus de chance de faire découvrir ses travaux. Aujourd’hui, que ce soit pour faire voir vos œuvres ou pour organiser des évènements, si vous n’êtes pas sur trombinoscope ou toitélé, vous n’êtes nulle part. Et ça, ça me chagrine un peu.

Bon. Je commence à fatiguer un peu d’écrire là, je vais bâcler. Je voulais reprendre point par point les désirs et besoins que j’avais catégorisés plus haut et les mettre en rapport avec la façon de les retrouver satisfaits sur les réseaux sociaux, et comment aujourd’hui un blog, sans passer par un réseau social, ne peut, lui, que très mal les satisfaire. Mais je sature. Alors, gloubi-boulga :

Quand tout roule, on ne se pose pas de questions. Je veux dire que quand nos désirs d’être vu·e, reconnu·e, nos besoins de rétroaction et de toujours-plus-ou-pas-moins sont satisfaits, on n’a pas besoin de remettre en question l’intérêt ou l’objectif de nos actions. On nage dans le sens du courant, qu’importe où il nous mène, on y est bien. Par contre, quand vous passez des heures de votre vie à fabriquer des choses sans jamais avoir un retour, ou trop peu à votre goût, alors viennent frapper à votre porte tout un tas de points d’interrogation. Pourquoi je me casse le cul à faire ça ? Pour moi ? Oui mais, pour moi et c’est tout ? Pourquoi je le publie quelque part alors ? Pourquoi est-ce que ça me déçoit toujours un peu quand personne n’est venu y jeter un coup d’œil ? Pourquoi si peu ? Pourquoi aucune réaction malgré toutes ces vues ? C’est si nul que ça ? C’est moi qui comprends rien, ou c’est les autres qui ne peuvent ou ne veulent pas comprendre ? Qu’est-ce que je pourrais faire pour changer ça ? Est-ce que ce serait bien moral de faire de la pub alors que moi ça m’agresse ? Est-ce que ça vaudrait bien le coup de dépenser de l’énergie à ça ? Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux faire autre chose ? Et pourquoi je veux que ça soit vu ? Pourquoi j’aimerais être reconnu comme quelqu’un qui fait des trucs cools ? Pourquoi si c’est lui qui me reconnait je m’en fous et si c’est elle ça me plait ? Par qui je veux être reconnu ? Qu’est-ce que ça peut me foutre au fond qu’on me reconnaisse alors que je prends des pseudos exprès pour qu’on sache pas qui je suis ? Dix vues et ça me suffit pas ? Et un like, c’est mieux ? Des commentaires, ça ce serait chouette ! Mais si c’est des insultes ? Je cherche vraiment tant l’interaction que ça alors que dans la vie hors-écran je la fuis plutôt ?

Toussa toussa…

C’est peut-être pas bien lisible, mais y avait écrit : « welcome to crazy »

Bon je vous rassure : tout ça ne m’atteint pas autant que ce que vous pourriez le penser. Après plus de deux cent billets quotidiens si l’on comptabilise Montpelliérien et Lyonniais ensemble, et une cinquantaine de textes sur quelques autres blogs anonymes, à m’adresser à un lectorat quasi-inexistant, après douze années et quelque deux cent morceaux de musique postés anonymement et (presque) sans publicité dans les recoins les plus sombres du net, plus les dessins, textes et jeux jamais publiés nulle part, si je n’y trouvais pas une quelconque satisfaction, j’aurais déjà abandonné tout ça définitivement depuis longtemps. Donc, je m’y retrouve d’une manière que j’ai moi-même du mal à analyser.

En tout cas, le fait de ne pas passer par les réseaux les plus empruntés, et, du coup, l’absence quasi-totale de retours, ou de succès, appelez ça comme vous voulez, amène à se poser de bonnes questions pour qui a envie de se connaître un peu mieux. Je pense que, de toute façon, dès qu’on est dans le créatif, l’artistique ou le divertissement (pareil, appelez ça comme vous voulez), on est un jour ou l’autre amené·e à douter de l’intérêt de ce qu’on fait et à se questionner sur les bienfaits réels des compromis qu’on a accepté de faire pour atteindre son but. Et ce but ? Lequel est-il d’abord ? Hein ? Hmm… Méditons.

#037 – Jouer ou lire, il ne faut pas forcément choisir. Enfin, si, il est question de faire des choix mais… Ne compliquez pas tout, s’il vous plaît.

Qu’est-ce qui est moins attractif qu’un jeu vidéo et plus qu’une nouvelle amateur ? C’est le jeu textuel. Quoi, vous ne connaissez pas ? On ne vous en voudra pas. Si je ne comptais pas parmi mes amis un garçon assez actif du petit milieu de la fiction interactive (autre nom du jeu textuel) francophone, il est fort probable que je n’en saurais rien moi-même. Qui est ce garçon ? C’est Feldo. Z’avez vu ? J’ai pas peur, je balance les noms. Qu’aimerait-il au plus profond de lui ? (Il me l’a pas dit car il est pudique mais je le sais.) Que ces jeux, gratuits dans leur grande majorité, qui demandent souvent un temps fou à fabriquer par des gens passionnés d’écriture, de lecture et de programmation, soient un peu plus joués, tout simplement.

Comment vous décrire ce type de jeux ? Je n’emploie pas le terme « genre », car, comme en littérature, on peut y trouver de la science-fiction, de l’horreur, du policier, du journal intime… Hé bien, le plus simple serait de partir des fameux Livres dont vous êtes le héros, dans lesquels vous incarnez un personnage pris dans une aventure. Vous connaissez sans doute. Dans ces livres, chaque page décrit une situation dans laquelle se trouve votre personnage et vous propose des choix. Selon les caractéristiques du personnage, les objets qu’il possède ou simplement selon ce que vous préférez lui faire faire, on vous demande alors de vous rendre à telle où telle page afin de poursuivre l’histoire, et rebelote : lecture, jets de dés, choix… Jusqu’à en arriver au dénouement, heureux ou non, selon les choix que vous aurez effectués et la réussite, ou non, de vos actions. Ainsi, vous aurez pu lire une nouvelle à multiples embranchements dont l’issue aura été, en partie, déterminée par vos actions. Si vous recommencez le jeu en effectuant des choix différents de ceux pour lesquels vous aviez opté au cours de votre première partie, l’histoire que vous lirez s’en trouvera modifiée, ou bien dans sa conclusion, ou bien dans la manière d’y parvenir.

Aujourd’hui, quand on parle de jeu textuel, on ne fait souvent plus référence au support papier, mais à des jeux numériques qui se jouent sur ordinateur, et c’est de ceux-là dont je vais vous causer ici.

Les Livres dont vous êtes le héros et jeux apparentés (qui existent également sur ordinateur), de par leurs fiches de personnages et leurs jets de dés, sont à rapprocher des jeux de rôle de type Donjons et Dragons, pour un·e seul·e joueur·euse et dont le livre se substitue au meneur de jeu, mais ce n’est pas forcément le cas de tous les jeux textuels. Certains sont totalement dénués d’aléatoire et de points de vie ou de compétences, et proposent simplement des choix libres reposant sur la simple curiosité de la joueuse ou du joueur de voir ce qui se passera dans tel ou tel cas. Dans ces derniers, on clique le plus souvent sur des liens hypertextes qui vous emmènent au passage suivant. Dans d’autres, plus proches de l’esprit des jeux vidéos d’aventure à la LucasArts (Monkey Island, Loom…), ou des désormais très à la mode et très grandeur nature Escape Room, il vous faudra fouiller dans un environnement décrit par l’auteur·e, à la recherche d’objets clés, d’issues diverses, et faire des choix efficaces au cours de dialogues avec d’autres personnages. Bref, il vous faudra mener l’enquête. On pourra à cette fin cliquer sur des liens dans certains cas, et dans d’autres taper soi-même du texte pour découvrir son environnement et interagir avec lui. Le plus souvent un verbe suivi d’un nom d’objet ou de lieu (du genre regarder ouest, ouvrir porte, prendre potion, enfin, z’avez pigé.). Je vous donne ici les trois modes de jeu les plus courants, mais il en existe bien plus. Tout ça est très varié.

Certains de ces jeux se parent de quelques éléments graphiques, la plupart du temps rudimentaires (voire de musiques d’ambiance) mais pour nombre d’entre eux il n’y a que du texte à se mettre sous la dent de l’œil. Dit comme ça, ça peut sembler tristounet, seulement puisque vous en êtes à lire cette grossière et bien aride description de la fiction interactive jusqu’ici, je suppose que vous n’ignorez pas le pouvoir propre à l’écriture d’invoquer tous les sens ainsi que les émotions les plus diverses chez une lectrice ou un lecteur. Cela dit, rien ne vaut d’y jouer soi-même pour se faire une idée du machin, et, oh! coïncidence, il se trouve que le site http://www.fiction-interactive.fr a organisé cette année encore un concours pour lequel cinq jeux ont été créés tout spécialement. Jeux auxquels vous pouvez jouer dès aujourd’hui, et même (et là j’en appelle à vos pulsions sadiques) mettre une note.

Outre ce concours, vous trouverez sur ce site une centaine de jeux textuels en français créés entre 2001 et aujourd’hui. Y en aura pour tous les goûts, de tous les genres et modes de jeu. Vous y trouverez également des tutoriels pour créer vous-mêmes vos fictions interactives, car là réside également l’intérêt de ce type de jeux : en fabriquer est de plus en plus accessible au grand public. Sont disponibles aujourd’hui tout un tas d’outils gratuits et bien documentés qui vous permettent de sauter la case programmation pour vous concentrer sur l’écriture des textes à proprement parler, si l’informatique vous rebute mais que la forme vous plaît. Si, au contraire, vous voulez plonger les mains dans les rouages cambouineux (ça n’existe pas) du code sans avoir peur d’y laisser des doigts et de nombreuses heures de votre vie, ben, je vous l’ai déjà dit, une pile de doc vous attend sur le site nommé plus haut ainsi qu’une communauté au nombre d’individus réduit mais fort active et bien intentionnée.

Eh oui, je sais ce que vous allez me dire, je déteste la publicité et pourtant aujourd’hui j’en fais un peu pour ce site. C’est vrai, mais, d’une, on ne m’a rien demandé, de deux, je ne fais absolument pas partie de l’équipe qui gère ce site, et, de trois, je n’y gagne rien sinon la satisfaction de porter un très modeste éclairage sur le travail de personnes qui ne font ce qu’elles font que par amour de ce qu’elles font. Alors, grognons, grognonnes, je vous embrasse bien affectueusement, et je vous dis à demain.

#030 – Métaboles et paraphores

Il y a les choses qu’on dit clairement et celles qu’on ose seulement murmurer. Au dessus et en dessous, amplitudiquement parlant, il y a les choses qu’on hurle et les choses qu’on tait. Cet après-midi, je disais à mon amie que j’avais écrit les quatre dernières notes du blog sans problème et que donc, ça y était, j’abordais le cycle de la semaine et demie à ne plus savoir quoi dire. Enfin, pas tout à fait ça. Que j’avais à dire certaines choses, mais que je n’osais pas, pour diverses raisons, et que donc je n’avais rien à dire. Elle m’a donc proposé de les dire, ces choses, mais sous forme de paraboles, de métaphores. Eh, pourquoi pas ? Tentons l’expérience.

Une larve qui ne pouvait se résoudre à faire caca dans son propre cocon, de peur de se noyer sans doute, mais ne sachant trop comment sortir sans se faire picorer des oiseaux, préférait ne pas faire caca du tout quitte à mourir d’occlusion intestinale. Une puce qui passait par là, sautant allégrement, légère de pouvoir déféquer quand elle le voulait, vit la larve toute enflée de s’être tant retenue en train de se tortiller. « Toi, lui dit-elle, tu m’as tout l’air d’avoir envie de faire caca. -C’est bien vrai, lui répondit la larve, car je me retiens depuis fort longtemps. J’ai trop peur de me noyer dedans -Fais comme moi, lui proposa la puce, je ne fais caca que de toutes petites crottes sèches et noires, bien calibrées. Ploc ploc ploc. Nulle coulure. Ainsi je suis à mon aise pour gambader par chiens et par chats en sautillant gaiement. » Et c’était vrai, les puces font de toutes petites crottes sèches et noires et passent ainsi leur temps à sauter, c’est pour cette raison qu’on les nomme les lapins du monde des insectes. « Si tu procèdes ainsi, reprit la puce, tu ne pourras pas te noyer. Enfin, ne mange pas trop de fibres quand même… et évite les laitages. » Sur ce, la puce sauta sur un hérisson qui passait juste en dessous, mais rata son atterrissage et alla s’empaler sur une épine. Voyant ceci, la larve qui s’était presque laissée séduire par ce discours, dut serrer les fesses plus fort encore qu’au départ, car dans la perspective du soulagement à venir, elle s’était relâchée un peu, et il est fort dur de se reprendre après ça. Tellement dur en vérité qu’elle ne put s’y tenir. Elle attendit que la nuit fut bien opaque et totalement silencieuse pour se risquer à glisser ses fesses par une minuscule ouverture hors de sa capsule de soie. Mais à peine eut-elle sorti son cucul du cocon pour faire caca qu’un coucou la croqua. « Beuark ! s’écria le coucou. Elle avait vraiment un goût de merde celle-là. »

Voilà, voilà. Oh je sais, je ne suis pas un roi de l’allégorie, et vous aurez bien sûr toutes et tous deviné le fond de ma pensée sans que j’aie besoin d’en rajouter. Mais, ça m’a fait du bien de pouvoir me livrer sans pour autant me sentir trop impudique, sans me rendre trop vulnérable. Je ne sais pas bien de quoi je pense me protéger ainsi, car quand on a des convictions politiques aussi fortes que celle-ci, qu’importe l’enrobage au fond, elles se repèrent au premier coup d’œil. Enfin… Méditez bien là-dessus, et à demain.

#018 – Faudrait que je trouve de meilleurs titres, mais pour m’inspirer il me faudrait de meilleurs textes

Seulement comment écrire de meilleurs textes quand on s’impose d’en publier un chaque jour, sans pour autant s’autoriser à en écrire d’avance les jours où l’on a la verve en érection ? [riez]

L’une des solutions possibles serait d’y consacrer plus de temps. Combien d’heures est-ce que je prends chaque jour pour rédiger ces articles ? Une à trois, selon ce que j’ai à dire où s’il me faut ou non me documenter pour ne pas trop raconter de conneries. Quand c’est une je me réjouis, quand c’est trois je ne me félicite pas ; c’est trop pour une activité journalière qui n’est qu’un entrainement à la discipline et à développer une certaine aisance dans l’agencement des idées et des mots (pratique dont je ne compte même pas faire carrière même si, ne nous mentons pas, si on me proposait une petite chronique hebdomadaire où mensuelle rémunérée dans un média qui me plaît à peu près, je ne refuserais sans doute plus aujourd’hui). Une heure et demie devrait être un grand maximum.

Une autre solution serait de choisir une thématique dont je ne m’éloignerais jamais. Au moins la question du sujet ne se poserait plus chaque jour. Par contre je risquerais d’être vite bloqué niveau connaissances car il n’y a pas véritablement de domaine dont je sois un grand spécialiste. L’avantage serait également d’attirer un public particulier, au lieu d’être tellement dispersé que personne ne se sent réellement concerné. Mais c’est comme ça, je suis de nature à picorer un émerveillement par-ci, une colère par-là, une tranche de vie à gauche, un texte absurde à droite, des questions sans réponses un peu partout et des digressions dans tous les coins. Ça se ressent certainement dans ce que j’écris. D’ailleurs, si les quelques lectrices et lecteurs fidèles à mon blog s’y retrouvent, c’est sans doute qu’elles et ils me ressemblent un peu.

Car évidemment, même si je fais tout ça pour moi en premier lieu, je ne manque pas de m’interroger sur l’intérêt que peut avoir la note que je suis en train de rédiger pour un·e éventuel·le lecteur·lectrice. Et je dois avouer que je n’en trouve pas souvent. Je me dis alors tant pis, et je me dis aussi on verra bien, et puis je me dis encore je n’ai rien promis à personne. Je pense honnêtement que c’est la meilleure technique pour ne pas simplement abandonner. C’est vrai, j’aurais aimé que ce blog foisonne de textes sur la musique, l’image qui bouge ou pas et les jeux, de portraits, de réflexions, d’impressions, d’appels à la curiosité, de points de vue décalés, de franches rigolades, de sourires en coins, et de tout ce que vous pouvez imaginer, en même temps que d’être un témoignage de l’époque et du petit coin de terre au cœur desquels il s’est fabriqué… Mais je n’ai pas une vie assez pleine d’activités variées et continuellement renouvelées pour ne pas me retrouver deux jours sur trois avec seulement mon absence d’inspiration à mettre en scène. Alors je continue, et puis on verra bien, et de toute façon je n’ai rien promis à personne. Vous voyez ? Ça marche.

Une troisième solution serait de poster moins souvent. Une fois par semaine, une fois par mois… Mais c’est franchement une mauvaise solution. Si je me mets la pression tout seul pour publier chaque jour une note, je me l’enlève d’un autre côté par le fait que c’est une bonne excuse pour ne pas produire quoi que ce soit de haute qualité. Si j’avais plus de temps devant moi, il faudrait au moins que j’assure de ce côté-là, et ça je ne sais pas bien si je serai capable de le supporter. C’est que je ne me fais pas trop d’illusion ni sur ma non-forme ni sur mon non-fond. D’autant que c’est en faisant qu’on a une toute petite chance de devenir bon à faire ce qu’on fait, ça je tente de ne pas l’oublier non plus. Remarquez, si je ne faisais rien, je deviendrai donc bon à ne rien faire, ce qui est très légèrement mieux que de n’être bon à rien, mais vraiment très légèrement. Plus sérieusement, si je n’écrivais pas tous les jours, je pense que je n’écrirai quasiment jamais.

Lecteur ou lectrice, tu dois bien te demander ce que tu fous là, sur le blog d’un blogueur qui ne sait lui-même pas vraiment ce qu’il fait là. Peut-être qu’au bout de cent et quelques articles, tu commenceras à en avoir une petite idée, ou peut-être que tu te rendras simplement compte que tu as perdu un temps précieux à lire les conneries de cette pauvre andouille de Lyonniais. Lire les écrits d’un écriveur qui ne sait ni ce qu’il veut écrire, ni pourquoi il tient tant que ça à écrire, ça me rappelle l’aphorisme suivant, qui n’en est pas vraiment un, tiré d’un recueil d’aphorismes (par ailleurs pas terrible) de François Rollin, et on se laissera là-dessus :

« Jouir, d’accord, mais dans quel but, exactement ? »