#053 – La mairie et l’église sans passer par le mariage

Aujourd’hui, je suis allé faire faire ma nouvelle carte d’identité. Nouvelle photo d’identité, toujours la même gueule d’assassin. J’en avais une bien mais elle était trop vieille. C’est toujours pareil, sur ces photos, à force d’essayer de ne pas sourire, on finit par faire carrément la gueule. C’est pas comme si les IA d’aujourd’hui allaient pas te reconnaître parce que tu souris. C’est peut-être simplement pour que quand les flic t’arrêtent ce soit raccord avec la gueule que tu tires sur le moment. J’en sais rien, y a des pays où t’as le droit d’avoir l’air sympathique sur tes papiers, mais pas en France. Parlez-moi toujours d’entretenir un rapport sympathique avec l’administration quand ça commence par là.

Bon, mais ce qui m’a le plus scotché (on dit encore « ça m’a scotché » ?), c’est qu’on n’accepte pas les attestations de la CAF comme justificatifs de domicile. Sans déconner. On préfère vous demander une facture d’abonnement de téléphone mobile, version à télécharger en ligne, que vous pouvez changer en deux clics sans qu’on vous demande aucune preuve, qu’une attestation de l’organisme le plus casse-bonbons (je dis bonbons pour pas dire couilles) qui soit en matière de vérification. Il y a à peine un mois, janvier 2019 donc, je recevais par exemple de leur part un message disant qu’ils n’arrivaient pas à joindre mon propriétaire pour obtenir une quittance de loyer de juillet 2018. Après avoir passé trois mois à leur envoyer touts les baux et les attestations imaginables. Mais ça, non, on n’en veut pas de leur attestation à eux. Par contre, une facture qui ne prouve rien, ça oui. Donc quand on habite depuis peu dans un studio (pas encore d’avis d’imposition à cette adresse) loué meublé et toutes charges comprises, sans internet, on est un peu embêté. Si votre proprio est comme le mien et ne vous fait pas de quittances de loyer, on est encore un peu plus dans l’embarras. Si votre assurance habitation est contractée par votre amie et que votre nom de figure pas dessus, là ça commence à devenir vraiment dur. Votre seul espoir, c’est que la personne avec laquelle vous vivez vous fasse une attestation sur l’honneur comme quoi elle vous héberge depuis plus de trois mois, en gros qu’elle vous héberge chez vous. Vous parlez d’un justificatif de domicile. Petit article-mémo si vous ne vous rappelez plus des documents valables comme justificatifs de domicile.

Sinon, j’ai profité de ce bref passage à la mairie du 2e arrondissement de Lyon (on n’est pas obligé d’aller à la mairie de l’arrondissement dans lequel on réside pour faire faire ses papiers), pour fureter autour de la basilique Saint-Martin D’Ainay. Une basilique, c’est une église ou une cathédrale qui plaît au pape. Le pape se pointe, mate votre édifice et dit : « elle passe bien celle-là ». Et paf, voilà que votre église devient basilique. Attention cela dit, faut quand même pas vous la péter de trop, elle n’est devenue qu’une basilique mineure. Si vous vouliez une basilique majeure, c’est à Rome qu’il fallait la bâtir, et puis de toute façon c’est trop tard, elles sont au nombre de quatre et le petit Jésus a décidé que ça suffisait comme ça. À Lyon, il y en a deux, ce qui veut dire que le pape vient souvent, mais pas autant qu’à Marseille, où il y en a quatre. Les Lyonniais·es sont jaloux·ses. Ils et elles aiment bien le pape par ici, ils et elles voudraient que le pape les aime un peu plus en retour. Moi le pape je m’en fous, je l’ai jamais rencontré.

Alors, qu’est-ce qu’elle a de spécial cette basilique Saint-Martin d’Ainay ? Elle a été construite au XIIe siècle, ce qui est vieux, et dans un style roman, c’est qui est sobre. Et je n’en sais pas plus. Vous avez cru que vous étiez sur un blog tourisme et patrimoine ? Je vous ai dit que j’avais juste tourné autour, z’avez vous y rendre si ça vous intéresse.

J’ai quand même pris deux reliefs en photo. Un où l’on peut voir que le peuple, en danger de mort, trime salement et que le clergé s’en fout :

L’autre ou l’on comprend franchement pas ce qui se passe, à part que deux types soulèvent une teub tellement lourde que chacun doit la tenir par une couille pendant que d’autres font la fête à l’étage.

C’est tout pour aujourd’hui. À demain.

#049 – Des lanternes dans le vent

Allez, débarrassons-nous de cette note de blog comme on se met à la vaisselle ; plus tôt se sera fait, moins on y pensera en se disant qu’il faut le faire. Ce matin je suis sorti acheter du tabac et une baguette. J’ai dit ce matin ? Je voulais dire à 13h. Ce matin j’ai dormi. Pas longtemps, en fait. Je me suis couché à 4h30 après avoir bossé sur un truc dont je peux pas vous parler (c’est dommage ça, hein, la seule chose qui aurait pu être intéressante). Hier, je vous l’ai dit, je m’étais levé à 5h30 du matin après une nuit de trois heures, ça fait donc très léger tout ça. On peut pas dire que je sois retapé. Le japonais ? J’ai lâché à 20h. J’ai pas fait les dix phrases, pour ceux et celles qui suivent, ça commençait à me rendre fou.

Donc, à 13h, je suis sorti m’acheter une baguette et du tabac, et je me suis pris un de ces coups de vent ! Nom de nom ! Sur le site de la météo il est écrit « rafales à 45 km/h », mais c’était au moins le double là. J’ai dû me pencher pour avancer pendant quelques secondes. Ou alors c’est bien 45 km/h et je suis tellement crevé que je n’arrive plus à avancer quand il y a un peu de vent. Mais je suis quand même né dans une région où le vent souffle fréquemment dans les 75 km/h et que les rafales qu’on craint un peu (mais sans plus) sont celles qui soufflent à 120 km/h, alors j’arrive à peu près à me faire une idée de ce que je reçois dans la gueule. J’ai une sorte d’anémomètre intégré, si vous voulez. Donc, deux solutions : soit je me suis acclimaté plus que je ne l’aurais aimé au pays lyonniais, soit météofrance dit des conneries. Je vous laisse choisir la réponse qui vous paraît la plus crédible.

« Bon, que vous vous dites, il nous parle de ses heures de lever, de coucher, de la météo, et puis quoi encore ? De ce qu’il a mangé ? » Des tartines de purée de cacahuètes avec de la confiture de framboise, merci d’avoir posé la question. Allez, plus sérieusement, puisque je ne peux pas vous parler de ce que j’ai fait d’intéressant hier et que j’ai dormi jusqu’à maintenant à part pour aller faire les courses et manger, je manque un peu d’inspiration… Ah ! Dans la rue où se trouvent les supermarchés et épiceries de produits asiatiques, ainsi que quelques autre commerces dans lesquels ont peut entendre des accents venant de diverses régions d’Asie, j’ai vu qu’on a installé des lampions de papier rouge entre les façades, à la manière de décorations de Noël. Je n’ai aucune idée du pourquoi. Je vais chercher ça et je reviens vous voir.

C’est fait. Comme on pouvait s’y attendre, le 5 février 2019 (du calendrier grégorien), ce sera le Nouvel An chinois (nónglì xīnnián) selon le calendrier chinois, de type luni-solaire, et donc également le Nouvel An vietnamien (Têt Nguyên Dán), qui se base sur le même calendrier. Une énigme de résolue. Pour celles et ceux qui voudraient participer à la petite fête, il y aura des animations dans le quartier de la Guillotière le dimanche 10 février, comme c’est expliqué sur ce site. Pourquoi le 10 février ? Parce que le Nouvel An chinois, qui se fête donc le premier jour du premier mois lunaire, ne fait que marquer le début de la fête du printemps qui s’achève le quinzième jour du premier mois lunaire (19 février du calendrier grégorien pour 2019) avec la bien connue fête des lanternes. On a donc tout le temps qu’il faut pour faire la nouba. Youpi.

Ouf, c’est bon, j’ai tapé un paragraphe de pas trop con. Je peux vous laisser en toute sérénité. À demain.

En voilà un qui n’a pas fêté le Nouvel An…


#043 – Révélations

On s’anonymise, on s’anonymise, et l’humanité s’y perd. Des noms sans histoires, des histoires sans noms, c’est ce qu’internet a fait de nous. Alors voilà, aujourd’hui, je vous dis tout. Des révélations que beaucoup attendaient. Je vais enfin dévoiler ma véritable identité. Bas les masques et fini les pseudos.

Je m’appelle Enrico et je suis né en 1789 dans le port de Whangaroa, en Nouvelle-Zélande. Fils d’une pêcheuse naturellement recouverte de laine des pieds à la tête et d’un berger aux pieds palmés et muni de branchies, je naquis fort laid. Aussi, mes parents ne prirent pas le temps de me baptiser et me rejetèrent à l’eau aussitôt sorti de la matrice de ma mère. Ils auraient très bien pu me rejeter aux pâturages sans que je m’en porte plus mal car —et ça beaucoup l’ignorent— je suis amphibie, mais il aurait alors fallu que je sorte plutôt de la patrice de mon père quand lui était au travail. Or, c’était ma mère qui travaillait à ce moment-là, mon père vivant de l’argent que l’assurance lui versait pour compenser la perte de ses bêtes qu’il allait dévorer chaque soir à la nuit tombée quand personne ne regardait afin de survivre, car l’assurance ne lui versait pas assez de sous pour qu’il puisse se nourrir décemment.

Très tôt, j’ai donc dû apprendre à distinguer les poissons des mammifères marins, ce qui me permit, outre le fait de briller auprès de mes camarades de classe lorsque je réussis à me faire scolariser malgré ma forte odeur d’iode, de naviguer à dos de baleines à bosse —qui sont un peu les dromadaires des océans— et non à dos d’espadons —qui sont en quelque sorte les Cyrano de Bergerac des mers, ils ne parlent qu’en alexandrin, c’est très agaçant—. C’est ainsi qu’en 1848 je fus repêché par un baleinier japonais, non loin des côtes angolaises. Le monde est petit. Un colon Français qui passait par là, me prenant pour un raisin sec tant ma peau était fripée d’être resté des années sous l’eau, décida de me ramener à la métropole pour me vendre au marché des Arceaux, à Montpellier, sur son stand de fruits secs et à coque qu’il tenait tous les mardis et samedis matins. Ne sachant trop quel argument lui opposer, tant il était vrai que je ressemblait à un raisin sec, ou tout au mieux à une datte, j’acceptais sans faire de manière de m’y laisser vendre.

Ce colon, qui ne s’appelait pas Christophe, me vendit donc à un certain Francisque, Collomb de son nom. Ce dernier, las d’attendre sa propre naissance en 1910 et son élection comme maire de Lyon en 1976, avait décidé de passer ses vacances dans le sud. Aussitôt m’avait-il acheté qu’il me glissa dans sa poche, pensant me réserver pour le dessert du pique-nique qu’il comptait bien se taper sur le sable après une bonne baignade dans les eaux de Palavas, mais, hélas, il m’oublia là durant d’interminables années. Ce n’est que très récemment, bien après sa mort, lorsqu’un autre Collomb, Gérard, lui, passa l’habit officiel de maire et mit les mains dans ses poches alors qu’il s’ennuyait à l’inauguration d’une quelconque salle des fêtes, que je fus retrouvé. « Qu’est-ce que c’est que cette dégueulasserie ? l’entendis-je vociférer, le maire, allez, jetez-moi ça dans le 7ème, c’est tout ce que ça mérite. » Deux grands gardes du corps se saisirent alors de moi et me balancèrent par dessus le pont de la Guillotière. Heureusement, je suis amphibie, je vous l’ai dit, et je pus donc facilement me hisser sur les berges, aidé par quelques étudiants qui y buvaient des bières un samedi soir. Et me voici, aujourd’hui, à vous raconter ma vie depuis mon petit studio au bord du Rhône.

Je sais, on est rentré dans le très intime, mais c’était le jeu. Maintenant vous me connaissez un peu mieux, vous saisissez sans doute également un peu mieux mes coups de gueule et mes passions en sachant par quoi j’en suis passé. J’espère que tout cela aura permis de créer un lien d’humain·e à humain, de lectrice-lecteur à écrivouilleur, entre vous et moi. Car c’est de ça, au fond, qu’on a le plus besoin : s’ouvrir les uns·es aux autres en toute honnêteté.

#034 – Faut pas avoir la tremblotte pour jouer au Mikado

J’étais tranquillement installé à la table d’un café sur les bords du Rhône, table stratégiquement choisie pour son exposition plein soleil (j’ai passé douze ans à Montpellier sans être foutu de savoir distinguer le nord du sud, alors ne me demandez pas d’être plus précis après quatre mois à Lyon), en train de boire un —surprise— café, quand je tombai sur cette note de bas de page du Japon pré-moderne (1573 | 1867) de Ninomiya Hiroyuki (二宮 宏之) : « Le shôgun est donc dit taikun et l’empereur, le tennô, est alors désigné par le mot mikado« .

Ça alors ! que je me dis, c’est donc sûrement de là que vient le nom du jeu si célèbre et si déclencheur de fou-rires, dans une tentative de me trouver intelligent en dépit de mon incapacité à retenir une seule information de l’enchaînement de noms de seigneurs et de fiefs, de dates et de revenus convertis en quantité de riz (koku [石]) qu’un tel ouvrage académique de civilisation ne manque pas d’offrir. Et justement, à découvrir cette succession sans répit de prises de pouvoir par divers partis à la suite de ruses et de coups de force, j’avais été amené à penser que le jeu du Mikado représentait symboliquement le fait de mettre de son côté, ou de vaincre, les divers seigneurs en place un à un et en toute discrétion, sans inquiéter les autres (ce qui vous ferait courir le risque qu’on s’aperçoive de vos ambitions et qu’on trouve un moyen de vous écarter plus ou moins brutalement de ce jeu de pouvoir), c’est-à-dire sans les pousser à bouger, jusqu’à enfin obtenir la plus puissante des positions, celle de mikado. Le Mikado étant, dans le jeu, le bâtonnet octroyant le plus de points au joueur qui le possède.

Le terme mikado, qu’on pouvait utiliser pour évoquer le tennô, l’empereur donc, et qui servait originairement à désigner le palais impérial, a été employé selon différentes sources de l’internet (qui reprennent toutes mot à mot les mêmes phrases et sans source donc je m’en méfie) au cours des époques Heian et Edo. À l’époque Heian (794 – 1185) et à l’époque Edo (1603 – 1868), ou de l’époque Heian à l’époque Edo ? Je n’en sais rien et, pour tout vous dire, ça ne fait pas une grande différence concernant l’origine du jeu du Mikado, car (toujours selon l’internet sans source) des descriptions du jeu existeraient déjà dans des textes bouddhiques du Ve siècle avant l’an 0 de notre calendrier grégorien. Le Mikado n’est donc pas un jeu d’origine japonaise symbolisant les luttes de pouvoirs de ce pays. Ma fulgurante déduction s’en trouva donc vaporisée, me laissant nu au milieu des références historiques qui me passaient au dessus de la tête comme autant de vautours affamés de ridicule se payant copieusement ma tronche. Hein ? Non, effectivement, je ne suis pas plus doué pour le lyrisme que pour retenir une simple suite chronologique d’évènements. Ô, à quel point je m’étais planté. Le nom du jeu tel qu’on le connaît aujourd’hui en France lui vient même de la marque d’un fabriquant de jeux, alors qu’on le connaît sous l’appellation pick-up sticks, jackstraws et spillikins dans les régions anglophones, et de jonchets, ou onchets, dans la France du XIXe siècle.

Bon, ben, je préférais mon explication. Et quoi qu’on en dise, que ce soit pour jouer au Mikado ou pour devenir mikado à la place du mikado, faut pas avoir la tremblotte.

#014 – Fait un peu chaud ici, trouvez pas ?

Dehors, -2°C. Dedans, les esprits s’échauffent autour du repas. Et —comme c’est pas souvent par chez nous je préfère préciser— le pinard n’y est pour rien, puisqu’il n’y en a pas sur les tables. Comprenez rien ? J’explique.

Je fais chaque semaine un peu de bénévolat dans une association située dans une ville proche de Lyon. On y récupère des dons qu’on revend au bénéfice de l’association dont le but est de venir en aide aux personnes se trouvant dans des situations difficiles. J’entre pas plus dans les détails. Moi, je m’occupe des bouquins avec une dizaine d’autres personnes. C’est sympa. Aujourd’hui, par exemple, en mettant un peu d’ordre dans les livres de poche à la vente, j’ai découvert que nous avions Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol en 12 exemplaires. Il nous en arrive toutes les semaines, « et pourtant on en jette ! » me confesse une autre bénévole officiant depuis bien plus longtemps que moi. Douze exemplaires sur les bras depuis Cavanna sait quand, vous vous rendez compte ? Alors qu’on peut parfois faire jusqu’à 200€ par jour à base de 2€ les trois livres de poches. Si c’est pas malheureux pour la forêt, tous ces bouquins qui vont partir à la benne… Seules·s quatre autrices et auteurs arrivent à la cheville de Mme Pancol en ce qui concerne les petits formats qui nous sont donnés par cartons entiers et dont personne ne semble vouloir (ou dont la masse produite et le débit auquel ils nous arrivent ne nous permettent pas de les écouler, soyons pas mauvaise langue) : Isabel Wolff, Douglas Kennedy, Françoise Bourdin et Christian Jacq. Je ne parle que des livres de poche, sinon vous pouvez ajouter Mary Higgins Clark, Patricia Cornwell, Tom Clancy et Didier Van Cauwelaert à la liste. Et Danièle Steel. Il nous en arrive par pleines brouettes, sauf que ses bouquins à elle sont très vite vendus. Vous en connaissiez parmi ceux et celles que j’ai cités·es ? Moi je n’ai jamais lu aucun·e de ces auteurs·autrices. J’en suis pas fier hein,  je me demande juste comment j’ai pu passer à côté d’aussi gros·ses vendeurs·euses tout ce temps, et même pour certains·es ne jamais entendre leur nom avant de « bosser en librairie. »

Ceux-là n’ont pas eu le temps de prendre la poussière sur les étagères de la boutique puisqu’ils sont partis direct à la benne à ordure.

Enfin bon, c’était pas de ça que je voulais vous parler. Je reprends.

À midi tout le monde bouffe ensemble dans une grande salle, les bénévoles comme celles et ceux qui bénéficient du soutien de l’association. C’est sans doute supposé créer des liens entre nous. Ça marche pas bien. Doit y avoir une centaine de personnes qui prennent là leur repas au même moment.

Les non-bénévoles ont pas vraiment choisi d’être ici. Disons que la vie les a menés là. Restent sur place au moins 14/24h, 5/7j. Mangent là, logent là. Je vais tout mettre au masculin parce qu’il y a beaucoup de ceux qui ont des couilles et peu de celles qui ont des ovaires. Donc, dans tout ça y a ceux qui causent beaucoup, y a ceux qui se taisent. Y a ceux qui se marrent, y a ceux qui font la gueule. Y a ceux qui s’entendent bien, y a ceux qui peuvent plus se sentir. Y a ceux qui aimeraient que ça se passe bien, y a ceux qu’en ont rien a foutre. Y a ceux qu’ont vingt-cinq ans, y a ceux qu’en ont soixante. Y a ceux qui sont pieux, y a ceux qui pissent sur dieu comme sur le diable. Y a ceux qu’ont été séparés de leur famille, y a ceux qu’en ont juste plus de famille. Y a ceux qu’ont leur papiers, y a ceux qui en cherchent. Y a ceux qui veulent bosser, y a ceux que ça fait chier.

Les bénévoles c’est l’inverse. Vont et viennent quand ça leur chante. Ont décidée d’être là, rentrent à la maison quand z’en ont marre. Y a beaucoup de porteuses de vagin pour très peu de porteurs de verge, alors j’y vais au féminin. Y a donc celles qui ont des cheveux blancs, pis y a celles qu’ont des baskets aux pieds. Y a celles qui pensent avoir raison, y a celles qui essaient de comprendre. Y a celles qui viennent raconter leur vie, y a celles qui viennent écouter qui en a besoin. Y a celles qui posent des questions embarrassantes, y a celles qui écoutent seulement qui prend l’initiative de se confier. Y a celles qui pensent donner mais qui demandent beaucoup, y a celles qui, conscientes d’avoir un intérêt à être bénévoles, font bien attention de ne pas prendre plus qu’elles ne donnent. Y a celles qui parlent de tout le monde, y a celles qui parlent à tout le monde. Y a celles qui décident pour tout le monde, y a celles qui font attention à ce que personne ne vire petit chef.

Vous voyez bien comment ça peut vite chauffer. Et ça chauffe. Entre bénévoles, entre non-bénévoles, entre bénévoles et non-bénévoles. Entre tout le monde et les responsables. Y a des sensations d’injustice. Y a ceux dont on fête le départ avec des petits fours et des gâteaux, y a ceux dont on fête le départ avec des chips et des crackers. Y a celles qu’on vire pour une cannette de bière retrouvée dans la chambre, y a celles qui restent après s’être faites gauler pour plus grave. Y a ceux qui reprochent à ceux qui reprochent certaines choses à certains de foutre une ambiance de merde, et y a celles qui s’entendent avec tout le monde sauf avec celles qui ne font pas en sorte de s’entendre avec tout le monde.

Saupoudrez le tout des troubles sociaux qu’on vit en ce moment, auxquels personne ne semble apporter de solution satisfaisante en même temps que chacun·e a sa bonne idée de qui est responsable, d’où ça nous conduit, et de comment régler l’affaire. Ajoutez un zeste d’attentats. Laissez mijoter. C’est prêt, pouvez servir.

Hein ? Ah oui, merde. J’ai complètement foiré mon filage de métaphore de la température qui augmente en passant à la recette de cuisine… Eh ben tant pis, z’avez qu’à faire mieux si vous êtes si malines·s.

#012 – Critique en profondeur : The Spy Gone North

Hier, mon amie et moi sommes allés voir The Spy Gone North au cinéma. Quel cinéma ? Le cinéma Lumière Fourmi. Tout petit rikiki cinéma cozy. Tire-t-il son nom de là ? Peut-être. Je ne suis pas expert des salles de cinéma de Lyon. En fait, je ne suis pas expert des salles de cinéma tout court. Et même, pour être tout à fait franc, je ne suis pas expert en cinéma. Hein ? Oui, vous avez raison, quitte à être honnête, soyons le jusqu’au bout : le cinéma, je n’y connais rien, je n’y vais jamais. Vraiment jamais ? Oh, si peu. Une, deux fois par an. Mais j’estime avoir le droit de donner mon opinion.

Voici donc ma critique de The Spy Gone North : c’est un film que peuvent apprécier ceux qui ne vont jamais au cinéma. Voilà. C’est un peu court, je sais, mais au moins je suis sûr de ce que je raconte puisque j’ai moi-même beaucoup apprécié. Mon amie aussi, et elle ne va pas au cinéma plus souvent que moi. Quoi ? Vous en voulez plus ? Je comprends, c’est pas souvent que vous avez droit à du pointu comme ça. Le fossoyeur de films, paraitrait qu’il a mis fin à sa série de chroniques en apprenant que je préparais cette critique. Bon, on continue donc, qu’il se soit pas arrêté pour rien. The Spy Gone North : zéro action, que des dialogues. C’est parfait. Les James Bond m’ont toujours fait chier. J’ai jamais pu en mater un sans m’endormir. Vraiment, jamais aucun. Ça dure combien un James Bond ? Vu que je m’endors au bout de trente minutes qui semblent durer deux jours de pluie enfermé dans une maison de campagne sans même un scrabble pour se tenir occupé, j’ai du mal à estimer. Ben ce film-là dure 2h30 à la louche, et j’en aurais bien repris le double. Ça change pas une vie, mais c’est pas à chier. Le jeu d’acteur est parfois mouais, souvent ça passe, et de temps en temps félicitations du jury. Le scénar est bien foutu, en même temps c’est supposé être une histoire vraie. Parlons-en d’ailleurs de cette histoire vraie. Qui en a déjà entendu causer ? Moi non plus, rassurez-vous. Et pas une page wikipédia au nom du gonze Park Chae-seo, l’espion qui a inspiré cette histoire inspirée de faits réels… Procédons à une petite recherche…

Okay. Ça c’est pas dans le film. Je révise ma critique : ce film est pourri. Aucun urètre, aucun micro caché dedans, même pas un tout petit urètre de rien du tout avec un minuscule micro à l’intérieur qui ferait même pas mal tellement il serait microscopique. Ce film manque cruellement de réalisme. N’allez pas le voir, c’est une escroquerie.

#011 – Le temps ne fait (pas tout à fait) rien à l’affaire…

Quel bruit fait la voiture qui passe ? Vroooouuuum. Quel bruit fait le corbeau qui passe ? Croâ croâ. Quel bruit fait l’année qui passe ? Vous voilà bien emmerdé·e. C’est que c’est sacrément silencieux, une année. Raison pour laquelle elles passent les unes après les autres sans qu’on les remarque.

Depuis que ma mère m’a expulsé de sa matrice, un beau jour de temps pourri —tempête et inondations (c’est l’Orb qui débordait)—, mon cœur a battu, approximent les experts, environ un milliard cent trente millions de fois et des papillotes. Merci mon cœur. C’est sans doute la tâche que j’ai réussie à accomplir avec le plus de régularité tout au long de ma vie, et cela est certainement dû au fait que je n’y pensais pas. Si j’avais commencé à y réfléchir, nul doute que de questions sans réponses en réponses sans fondement, je n’aurais pas su me résoudre à m’y tenir. Moi, esclave d’une activité dont je n’aurais pas pesé cent fois le pour et le contre, dans laquelle je n’aurais pas décidé consciemment de m’investir ? Vous n’y pensez pas ! Plutôt crever.

Depuis, donc, que ma mère et le fleuve natal ont lâché les eaux en même temps, la Terre a parcouru à peu près vingt-neuf milliard trois cent cinquante millions de kilomètres autour du soleil, et le soleil deux cent vingt-cinq milliards et dix-sept millions de kilomètres autour du centre de la galaxie, ce qui me permettra d’écrire dans mon autobiographie que j’ai beaucoup voyagé. Et voilà pour les nombres. On s’attache beaucoup aux nombres, car il n’y a rien d’autre. On ajoute un un à un compteur ou un autre. Quand j’étais petit, en parlant de uns, je ne comprenais pas pourquoi lorsque ma grand-mère regardait la télé, la télé lui disait qu’elle regardait téhèfin, alors qu’en bas de l’écran il y avait écrit « tf1 ». C’est qu’on avait l’accent du sud dans la famille. Enfin, pas ma grand-mère, qui elle avait l’accent de Barcelone, je parle de ceux plus bas dans l’arbre généalogique. « – Mamééé, pourquoi y diseuh téhéfin alors que c’est téhéfeung, heing? C’est pas téhéfin, c’est téhéfeung, heing ? Mamééé, je peux avoir du paing ? – C’est palsqu’y sont des palisienss. Attends oun peu, on ba bientôt mandjer. » Je ne comprenais rieng à cette histoire d’axangs. L’expérience la plus marquante fut une rencontre avec l’un de ces fameux Parisiengs, un de mon âge, six, sept ans au pif, en vacances quelque part dans les Pyrénées. C’était sur le parking de l’hôtel. Je m’approche d’un gamin, sous l’œil de nos parents attentifs, et je lui demande : « – Dis, tu veux bieng étreu mon copaing ? – Hin, s’interloque-t-il ? – Tu veux étreuh mon copaing ? » Sur quoi le mioche se retourne vers sa mère et sort un cruel : « Mômon, y porle frônçais le garçon ? » Coup de poignard dans le cœur. Je me retourne à mon tour vers ma mère : « – Mais, il est bêteuh ou quoi ? – Il est parisieng mon chéri. » Bon, ben, on n’a pas été copaings. Là vous sentez bien l’enfance difficile, pleine de misère et de meurtrissures, hein ? Non. Ben non, vous avez raison. C’est dommage. Quand j’écrirais mon autobiographie je vais avoir bien du mal à faire verser la petite larme. N’empêche qu’au fil des années, je l’ai perdu mon accent. Devait y avoir un petit complexe caché quelque part.

Où j’en étais ? Je ne sais plus. Ah oui, je disais : et voilà pour les nombres. Il manque le plus important, que vous protestez ? Combien fais-je en ce jour de non-non-anniversaire ? Écoutez, je vous ai donné assez d’informations pour que vous puissiez calculer par vous-même. Allez, faites pas vos feignasses. Vous aussi vous vieillissez vous savez, alors prenez ça pour un cadeau que je vous fais. Faire un calcul, c’est faire reculer l’âge auquel Alzheimer vous tombera dessus de quelques jours.

Je fête un autre anniversaire en même temps : un an sans picole. Ça n’a pas été simple, mais ça n’a pas non plus été si dur que ce que je me l’imaginais. Pourtant au cours de ces dix dernières années je ne m’étais pas économisé le foie. Les sales habitudes étaient tenaces. J’avais comme qui dirait fini par organiser mes journées, et surtout mes soirées, autour de l’alcool. Et bien, vous me croirez vous me croirez pas, ma vie est plus belle que quand je me goinfrais trois litres à 9° par jour et que j’avais trop honte de mon état pour voir qui que ce soit, ou, si par malheur qui que ce soit m’avait vu, trop honte pour ressortir de chez moi pendant trois jours. Je dis pas que c’est la joie en continu depuis, je dis pas que je ne m’enfume plus la gueule au T.H.C. de temps en temps quand je me sens à bout de nerfs et que la bonne humeur ne semble pas revenir d’elle-même, mais je dis que pour moi l’alcool était une saloperie à laquelle il fallait à tout prix que j’arrête de toucher sans quoi je n’aurais certainement pas fait un million de kilomètres de plus autour du soleil. Et si je les avais faits, ç’aurait été en souffrant mille douleurs physiques et psychologiques, ça n’en aurait pas valu la peine.

D’ailleurs, autant naître n’était pas de mon fait et du coup, jusqu’à l’an dernier, casser ma pipe ne m’aurait en vérité pas fait râler plus que ça (je le souhaitais même un peu parfois vu que j’étais un peu moyen assez au bout du désespoir comme on pourrait dire), autant là j’ai fourni pas mal d’efforts pour ne pas crever tout de suite et être un tout petit peu heureux, alors maintenant ça me ferait vraiment chier de pas les faire ces quelques kilomètres de plus. Vous êtes pas d’accord, que je les mériterais ces kilomètres de plus autour du soleil ? Non. C’était un piège. Je crois pas au mérite, quel qu’il soit. Et puis mourir alors qu’on est dans une période heureuse de sa vie a aussi son charme.

Bref, trêve de joyeusetés, un an de plus et je me sens le même en même temps que je me sens changé. Dissertez, vous avez une vie. Moi, je vais aller profiter du cadeau que m’a fait mon amie. Est-ce que je veux parler du fait qu’elle est à mes côtés dans les bons comme les mauvais moments ? Non, on n’est pas aussi spirituels que ça. Elle m’a offert les mémoires de Siné, parues il y a moins d’une semaine chez Les cahiers dessinés. Une pure merveille. Je vous raconterai quand j’aurais fini.

À demain, la bise.