#063 – Encore un dimanche ? C’est que ça deviendrait une habitude…

Aujourd’hui, contrairement à hier, je n’ai pas passé plus de dix minutes sur l’ordinateur, et c’était très bien. Le soleil est revenu depuis mercredi dernier et il paraît qu’il restera là jusqu’à mercredi prochain. Une semaine de printemps. De vrai printemps. Grand ciel bleu, pigeons et canards en rut, températures élevées. Je suppose que ce n’est qu’une trêve au cœur de l’hiver, mais ça fait vraiment du bien.

Avec mon amie, nous en avons donc profité pour nous rendre au parc de la Tête d’Or, où je n’avais pas encore foutu les pieds depuis notre arrivée à Lyon il y a bientôt six mois. Comme on me l’avait dit c’est immense. On n’en a pas vu la moitié. Il y a des îlots mystérieux et des animaux partout… Enfin, des animaux partout… On a vu des canards et des oies qui n’attaquaient même pas les enfants. Des animaux donc. Il y a un zoo aussi paraît-il, mais on n’y est pas allés. J’ai également vu un panneau poney et senti une odeur qui à eux deux me laissaient comprendre que quelque part non loin de là de pauvres animaux trimbalaient des mômes à longueur de journées sur leur dos fatigué.

On s’est assis sur un banc un moment et on s’est demandés ce qu’on pourrait bien faire de nos vies avec mon amie. Je crois que mon idée de vendeurs de falafels au Japon ne l’a pas convaincue, alors en attendant de trouver mieux je pense que je vais prolonger mon RSA encore un peu. Puis nous avons repris notre marche et nous sommes rentrés bien tranquillement.

Aujourd’hui, je n’ai pas bu un seul café, j’ai fumé seulement trois cigarettes (même pas entières), je n’ai pas travaillé à un quelconque projet, j’ai bien mangé, j’ai même fait une sieste, bref ! c’était une journée complètement différente de celle d’hier, pourtant rien de tout ça ne vous intéresse, je le sais bien. Vous voyez que vous êtes vraiment difficiles.

#056 – Quanlité ET quatité.

Pourquoi choisir entre deux options quand on peut choisir entre quatre. C’est toujours sel ou sucre, alors que ce pourrait très bien être secre ou sul. Les gens n’ont plus de fantaisie ma bonne dame. C’est dur ou c’est mou ? C’est mur, c’est doux. Là ça ne marche pas, mais c’est un cas très rare. L’aile ou la cuisse ? L’aisse ou la cuile ? Voyez ? On pourrait tous les faire, ça fonctionne presque toujours. Alors à chaque fois qu’on vous demandera de choisir entre deux options, optez pour la troisième ou la quatrième. La bourse ou la vie ? La vourse. Le bandit en reste comme deux ronds de flan. Il retourne sur son grand chemin et ne vous embête plus. Fromage ou dessert ? Frossert. À moins que ça ne coûte plus cher, auquel cas ce sera démage. Et paf, le serveur. Madame préfère-t-elle le blond ou le brun ? Aucun des deux, emboîtez-les moi l’un dans l’autre et faites-les monter à ma chambre. Impossible Madame, c’est l’un ou c’est l’autre. Alors ce sera l’utre, à moins que ce soit l’aun. Évidemment, si vous l’utilisez trop souvent, cette technique risque de faire vieille blague de tonton. Heureusement, on vous propose rarement de faire un choix entre deux options deux fois dans la même journée, c’est donc un faux problème. Et puis, je vous le rappelle, vous avez droit à quatre options en général, mais une cinquième est souvent possible. À droite ou à gauche ? Vous vous attendiez à ce que je dise drauche ou goite ? Vous me pensez si prévisible ? Dans ce cas, ce sera ou. Ou ? En plein milieu. Mais on ne peux pas tout résoudre par l’absurde Monsieur ! Il faut être responsable. Excusez-moi, mais je crois au contraire que la vie est absurde. Mais non, mais non, voyons, la vie a un sens. Dans ce cas là je prendrai l’autre. Vous êtes idiot ou vous le faites exprès ? Je le fais expiot, mais je ne nie pas être un peu idrès sur les bords. Voulez-vous tirer à file ou pace ? Car j’ai justement sur moi une pièce qui retombe exclusivement sur la tranche, c’est donc le meilleur moyen de trancher qui de voi ou mous a raison… Enfin bref, cessons-là les exemples. Vous avez compris le système. Désormais, vous n’hésiterez jamais plus entre ceci et cela, mais entre celi et ceça, ce qui, concédons-le, ne change concrètement pas grand chose, mais vous fait vous sentir tout de même un peu plus libre. Si toutefois au bout d’un moment vos proches commencent à se lasser de votre petit jeu, ne sachant plus si ce que vous racontez c’est du lard ou du cochon, rassurez-les. Répondez-leur franchement que c’est du cochon, et laissez-les se démerder avec cette réponse. Ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient.

#049 – Des lanternes dans le vent

Allez, débarrassons-nous de cette note de blog comme on se met à la vaisselle ; plus tôt se sera fait, moins on y pensera en se disant qu’il faut le faire. Ce matin je suis sorti acheter du tabac et une baguette. J’ai dit ce matin ? Je voulais dire à 13h. Ce matin j’ai dormi. Pas longtemps, en fait. Je me suis couché à 4h30 après avoir bossé sur un truc dont je peux pas vous parler (c’est dommage ça, hein, la seule chose qui aurait pu être intéressante). Hier, je vous l’ai dit, je m’étais levé à 5h30 du matin après une nuit de trois heures, ça fait donc très léger tout ça. On peut pas dire que je sois retapé. Le japonais ? J’ai lâché à 20h. J’ai pas fait les dix phrases, pour ceux et celles qui suivent, ça commençait à me rendre fou.

Donc, à 13h, je suis sorti m’acheter une baguette et du tabac, et je me suis pris un de ces coups de vent ! Nom de nom ! Sur le site de la météo il est écrit « rafales à 45 km/h », mais c’était au moins le double là. J’ai dû me pencher pour avancer pendant quelques secondes. Ou alors c’est bien 45 km/h et je suis tellement crevé que je n’arrive plus à avancer quand il y a un peu de vent. Mais je suis quand même né dans une région où le vent souffle fréquemment dans les 75 km/h et que les rafales qu’on craint un peu (mais sans plus) sont celles qui soufflent à 120 km/h, alors j’arrive à peu près à me faire une idée de ce que je reçois dans la gueule. J’ai une sorte d’anémomètre intégré, si vous voulez. Donc, deux solutions : soit je me suis acclimaté plus que je ne l’aurais aimé au pays lyonniais, soit météofrance dit des conneries. Je vous laisse choisir la réponse qui vous paraît la plus crédible.

« Bon, que vous vous dites, il nous parle de ses heures de lever, de coucher, de la météo, et puis quoi encore ? De ce qu’il a mangé ? » Des tartines de purée de cacahuètes avec de la confiture de framboise, merci d’avoir posé la question. Allez, plus sérieusement, puisque je ne peux pas vous parler de ce que j’ai fait d’intéressant hier et que j’ai dormi jusqu’à maintenant à part pour aller faire les courses et manger, je manque un peu d’inspiration… Ah ! Dans la rue où se trouvent les supermarchés et épiceries de produits asiatiques, ainsi que quelques autre commerces dans lesquels ont peut entendre des accents venant de diverses régions d’Asie, j’ai vu qu’on a installé des lampions de papier rouge entre les façades, à la manière de décorations de Noël. Je n’ai aucune idée du pourquoi. Je vais chercher ça et je reviens vous voir.

C’est fait. Comme on pouvait s’y attendre, le 5 février 2019 (du calendrier grégorien), ce sera le Nouvel An chinois (nónglì xīnnián) selon le calendrier chinois, de type luni-solaire, et donc également le Nouvel An vietnamien (Têt Nguyên Dán), qui se base sur le même calendrier. Une énigme de résolue. Pour celles et ceux qui voudraient participer à la petite fête, il y aura des animations dans le quartier de la Guillotière le dimanche 10 février, comme c’est expliqué sur ce site. Pourquoi le 10 février ? Parce que le Nouvel An chinois, qui se fête donc le premier jour du premier mois lunaire, ne fait que marquer le début de la fête du printemps qui s’achève le quinzième jour du premier mois lunaire (19 février du calendrier grégorien pour 2019) avec la bien connue fête des lanternes. On a donc tout le temps qu’il faut pour faire la nouba. Youpi.

Ouf, c’est bon, j’ai tapé un paragraphe de pas trop con. Je peux vous laisser en toute sérénité. À demain.

En voilà un qui n’a pas fêté le Nouvel An…


#042 – Zeitgeist

Les uns·es ont commencé, les autres ont suivi. À moins qu’ils ou elles se soient concertés·es, mais franchement ça m’étonnerait. En tout cas les premiers·ères ont bien dû s’apercevoir que les autres les avaient copiés·es à un moment. Ça la fout mal. Je ne sais pas qui s’est lancé d’abord, mais c’est allé très vite. Les suiveurs·ses ont certainement eu un peu honte. Je les imagine : « -T’as vu ça ? Il nous faut la même chose, c’est super ingénieux. -Oui, mais on va quand même pas les copier juste après ! Ça fait un peu con tu trouves pas ? -Et toi, t’as pas l’air un peu con à t’occuper de ce que vont penser les autres ? En tout cas, le rebord de leur fenêtre est impeccable. » Ou alors, peut-être que ça a donné quelque chose du genre : « -Oh non, c’est pas vrai ! Viens voir. – Quoi ? Ah, mais je t’avais dit de le faire y a une semaine déjà ! Maintenant si on fait la même chose on va passer pour des cons. -Pas question que j’abandonne. C’était notre idée en premier. » Quoi qu’il en soit, de part et d’autre de la cour intérieure, séparés d’une centaine de mètres, des CD, suspendus à des ficelles, volètent maintenant tranquillement à la fenêtre des deux appartements qui se font face. Stratagème pour éloigner les pigeons sans doute. Nous, à équidistance des deux, on n’a pas de pigeons. Pourtant on n’a pas attaché de CD à notre fenêtre, on a même un bon espace sur le rebord et des cadres métalliques pour mettre des pots de fleurs, ce serait parfait pour eux. Mais ils viennent pas. Par contre maintenant j’ai deux fois plus de flashs éblouissants quand j’y fume ma clope, à la fenêtre. Je me demande de quels CD il s’agit. CD audio genre vieux single de Zebda ou d’Eiffel 65 ? CD-ROM du genre Adi : Français Maths 6e ou Versailles 1685 ? J’irai pas leur demander. Finalement, les CD, aujourd’hui, c’est sans doute encore à ça qu’ils sont le plus utile.

#035 – Des hauts débats

J’ai entendu causer, mais vraiment comme ça en passant, d’un grand débat national. J’avoue ne pas bien savoir de quoi il s’agit, mais je me demande tout de même s’ils vont trouver une salle avec assez de place pour faire entrer tout le monde, et si l’on va faire fabriquer des sièges pour l’occasion ou si chacun·e devra amener son propre tabouret. Et l’ordre du jour, comment va-t-on en décider tous ensemble ? Ça risque de prendre du temps mais on ne pourrait décemment pas éviter d’en passer par là. Une fois installés et -lées dans la grande salle qu’il faudrait donc penser à faire construire assez vite, devra-t-on inscrire sur un petit morceau de papier les sujets dont on veut débattre et le faire passer en bout de table, la personne en bout de table récupérant les feuilles de sa rangée et les faisant à son tour passer à la personne devant elle et ainsi de suite, jusqu’à ce que tous les petits papiers arrivent au bureau du président qui les lira à voix haute et procédera à un vote à main levée pour décider des sujets que l’on garde ou pas ? Évidemment, il ne faudra pas se tromper entre le papier qu’on fait passer au président et celui qu’on comptait faire passer à Nicole ou Nicolas et sur lequel était inscrit : « est-ce que tu veux bien sortir avec moi ? oui / non, entoure la réponse », sinon on n’y arrivera jamais. Ce projet me paraît bien ambitieux, mais je suis sûr que ceux et celles qui l’ont organisé ont tout prévu et qu’ils y mettront les moyens pour que chaque Française et chaque Français ait son mot à dire, voit ses questions étudiées, et que des temps de paroles égaux pour les soixante-sept millions d’habitants et -tantes que nous sommes soient scrupuleusement respectés, sans ça, ça ne sert à rien. Personnellement, moi, je voudrais que soit discuté le rapport qu’entretient la société au bien-être de l’individu, ce qui, je l’espère, ne devrait pas manquer de déclencher une réflexion sur la mort, l’absurdité de la vie, et la place du travail et de l’argent dans tout ça. Je sens que ça va être passionnant.

#028 – L’écriture inclusive, c’est bien mais pas top

Depuis l’ouverture du blog Montpelliérien, et donc maintenant sur Lyonniais, je tente de me tenir comme je le peux à l’écriture inclusive. Ce qui n’est pas facile. L’écriture inclusive, je trouve ça intéressant et je la vois d’un mauvais œil à la fois. Je vais essayer de m’expliquer brièvement, parce que j’ai la flemme d’écrire. J’en ferai peut-être un article complet un jour, étayé de citations et appuyé de sources universitaires solides une autre fois. Là je vais tout balancer en vrac comme ça me vient.

Ma première rencontre avec l’écriture inclusive fut un texte dont j’ai oublié le titre et la provenance et qui disait, d’après ma piètre mémoire, qu’il fallait cesser de mettre les femmes entre parenthèses. On ne devait plus écrire un(e) marchand(e), par exemple, et on y prônait l’utilisation du « · » que désormais tout le monde connait. J’avais été assez agacé par le ton de l’article qui semblait donner des ordres quant à la manière dont tout un chacun (toute une chacune ?) devait écrire, car je considérais que le langage est propre à chaque personne et ne doit en aucun cas se conformer à des règles dictées par une quelconque autorité, que celle-ci soit l’académie française ou un groupe militant. Mon langage m’appartient comme le tien t’appartient à toi. Ton orthographe, tes expressions, tes tournures de phrases comme ton accent, c’est toi. C’est sympa une langue commune, c’est encore mieux une langue riche de mille variations à l’écrit comme à l’oral. Bref, chacun·e sa langue, et se comprenne qui pourra, pour les autres on fera appel à un tiers chargé de traduire. Je trouvais également que tout cela était bien symbolique, et le symbolique moi, ça m’emmerde. C’est de la poudre aux yeux. Le symbolique, c’est beau, c’est tape-à-l’œil, ça n’explique rien, ça pousse à agir selon l’affect et pas la raison, c’est l’outil principal du conformisme bêbête, et le conformisme bêbête est l’outil principal du harcèlement de minorités par des majorités qui se pensent dans leur bon droit parce que ben, euh, c’est la majorité quoi, les autres n’ont qu’à s’écraser. Entre un(e) marchand(e) et un·e marchand·e, la différence me paraissait purement symbolique.

Cela dit, je me suis aperçu avec les années et à force de lecture, que même si on évacuait cette question des parenthèses ou du point médian, les textes qui me tombaient sous le nez s’adressaient implicitement aux hommes en grande majorité. Surtout chez ceux et celles qui aiment écrire comme on parle. Les adresses directes aux lecteurs et aux lectrices étaient en fait des adresses à des lecteurs seulement. Des « hé, les mecs », ou des « quand votre femme » partout, supposés s’adresser au lectorat en général. Par contre, des « hé, les nanas » qui ne s’adressaient, eux, qu’aux femmes spécifiquement. Dérive logique et qu’on ne voit pas forcément venir du neutre masculin. Hors, moi, je ne voulais pas écrire seulement pour les hommes ou seulement pour les femmes, je voulais écrire pour tout le monde, sans qu’on ait la sensation d’une conversation en non-mixité (non-mixité dont d’ailleurs je comprends bien les avantages majeurs lors d’évènements liés à la condition des femmes, mais qui me paraît tout de même avoir ses limites et ses problèmes dans une société qui découvre, à raison, que le genre n’est que construction sociale). Je me suis donc demandé quelle était la meilleure manière de résoudre ce problème. Eh ben je n’ai toujours pas trouvé.

La raison première de mon passage à l’écriture inclusive était donc de me forcer à voir quand moi aussi je m’adressais sans m’en rendre compte à un lectorat masculin par réflexe langagier (culturel ?). (Oui, si je n’aime pas qu’on me dise comment parler, je n’ai aucun mal à modifier moi-même ma propre façon de parler ou d’agir pour coller au mieux à mon éthique. Et là je dois bien avouer que si des militantes féministes n’avaient pas parlé aussi intensément et sur une aussi longue durée de ces problèmes, sans doute que cette réflexion personnelle n’aurait jamais été déclenchée). C’est-à-dire que quand on fait bien attention à s’adresser aussi systématiquement aux femmes qu’aux hommes, on se rend compte d’à quel point ces réflexes sont ancrés en nous, et on se donne plus de moyens de ne plus faire les choses par défaut, de ne plus dire les choses comme on les disait par habitude, mais de contrôler mieux son expression.

J’ai pu écrire des choses comme :

  • les mardand·es
  • un·e marchand·e
  • des chanteurs·teuses et plus loin des chanteuses·teurs
  • des chanteurs·chanteuses et plus loin des chanteuses·chanteurs
  • des chanteurs et -teuses

J’ai même, sur les conseil de mon ami Koinkoin, tenté d’utiliser le script qui permet d’afficher la notation atomique afin qu’au lieu d’avoir l’impression d’une terminaison m. suivie d’une f. ou d’une f. suivie d’une m., les terminaisons masculine et féminine d’un mot soient superposées, avec toujours dans l’idée (et c’est là que je me vautre également dans le symbolique) d’alterner celle qui se trouverait au dessus et celle qui se trouverait en dessous de l’autre, mais sans succès. Si vous trouvez comment faire, ça m’intéresse toujours d’essayer. Toutes ces solutions, je les essaye et les alterne afin de rester dans l’inventif, le non-conforme, le pas figé. Le plus dur étant de trouver des manières pas trop désagréables à lire.

Car je vois trois problèmes majeurs à l’écriture inclusive. Le premier c’est que ça casse la musicalité d’une phrase. Car le langage est une musique. Une phrase est une mélodie, elle contient ses rythmes, ses notes et ses percussions. Changez un bout de la mélodie, elle n’est plus aussi douce à l’oreille, plus aussi cohérente, il faut en modifier un autre bout pour revenir à un résultat global satisfaisant, mais jamais elle ne sonnera aussi bien, de mon avis, que celle qui vous est venu d’un trait. Pour un blog comme celui-ci, ça n’a pas grande importance, mais pour un texte plus littéraire, ça peut être dommageable. Alors, si vous rajoutez à ça des embranchements en fin de mots plusieurs fois par phrases…

Le deuxième, c’est l’accessibilité à la lecture. La mère d’une amie, directrice de bibliothèque, et anti-écriture inclusive, m’avait fait la remarque que pour quelqu’un qui sait bien lire, ça peut passer, mais que pour les personnes souffrant de troubles d’apprentissage (dyslexie, etc.), ç’allait être un véritable calvaire si ce mode d’écriture était institutionnalisé. Vous l’avez compris, je suis pour l’institutionnalisation de que dalle, mais il est vrai qu’à un moment il faut se poser la question de comment on apprend à lire aux gens. Je ne me suis pas bien penché sur la question, je n’ai donc pas d’avis là dessus.

Enfin le troisième et principal souci d’un point de vue éthique pour moi, c’est que je n’ai pas envie de constamment rappeler qu’il y a des hommes et qu’il y a des femmes. Je veux m’adresser à tout le monde, simplement à des gens, à des personnes, je n’en ai rien à faire qu’il s’agisse d’une lectrice ou d’un lecteur. Car je pense que, si pour en arriver à une réelle égalité de traitement de tous les genres et sexes (je suis un peu paumé quant à ces deux notions, alors je mets les deux) dans une société aussi asymétrique vis-à-vis des comportements attendus des unes et des autres, ont doit évoquer les anciennes catégories pour les analyser et les transformer, mais à terme, pour consolider cette notion d’égalité totale, il faudrait pouvoir s’adresser à une catégorie neutre, l’humanité dans son ensemble. Et pour cela, eh bien oui, il nous manque un véritable neutre en français, qui ne soit pas basé sur le masculin. Ce neutre masculin, c’est principalement ce qui fait que l’adresse directe ne concerne souvent, par glissement, implicitement que des hommes comme je le disais plus haut. Pour le dire plus clairement, à force de dire lecteur, lectrice, madame, monsieur, l’un et l’une, chanteuses·teurs, j’ai l’impression de venir constamment renforcer cette idée qu’il y a deux groupes distincts. Et j’aime pas ça.

#016 – Voilà qu’il nous refait son cinéma

« Qu’est-ce qu’il faut faire, chantait Nino Ferre, quand on ne sait rien faire ? On devient un homme à tout faire, on a les embêtements les plus divers. » Eh bien, à mon tour, je pose la question : qu’est-ce qu’il faut dire quand on n’a rien à dire ? Et j’ajoute : on devient un homme ou une femme à tout dire, on a les embêtements les plus divirs.

Eh oui, à peine plus de deux semaines à tenir ce blog et je ne sais déjà plus quoi raconter. Je me demande comment j’ai tenu sur plus de 170 articles sur Montpelliérien.com. En disant tout et n’importe quoi sans doute, mais je ne suis pas assez masochiste —pourtant je le suis— pour relire tout ça et élucider ce mystère qui ne taraude que moi. Alors voilà, aujourd’hui, je vais raconter ce qui me passe par la tête à mesure que ça vient, tout et n’importe quoi, car avec mon amie nous avons dans l’idée de nous faire un petit ciné ce soir si j’en termine assez rapidement avec le blog. Eh ben, vous dites-vous, pour quelqu’un qui dit ne jamais aller au ciné, ça va devenir une habitude ! C’est qu’avec des places à 4€ pour les assistés du RSA que nous sommes, ça devient attractif. Qu’allons-nous y voir ? Nous n’en savons rien. Nous n’avons pas regardé ce qui est à l’affiche. Un autre film coréen ou un film japonais me tenterait bien. À ce sujet, quand je vous exhortais pour rire à ne pas regarder The Spy Gone North dans mon article critique sous prétexte que ça manquait d’urètres, c’était pour rire. Je viens de vous le dire. Suivez.

Ce qui est bien avec le cinéma, c’est qu’il y a à la fois les images, à la fois le son et la musique, et à la fois l’écriture. Ce qui nous donne trois raisons de nous plaindre à la sortie du film. Et qu’est-ce qu’on aime ça, se plaindre ! Les petits malins et les petites malignes (si vous n’êtes pas sûres·s du « gne », vérifiez sur internet, c’est encore une de ces sources inépuisables de débats, moi je n’ai pas le temps pour ça. Au passage, en allant copier le « es·s » d’un ancien article pour le coller dans celui-ci —car je suis un masochiste fainéant, je me fouette mais j’ai le bras mou— je m’aperçois que j’avais écrit « malines·s. » Que voulez-vous, je suis systématiquement incohérent. Où j’en étais ? Ah oui, fermons la parenthèse.) qui ne le sont pas tant que ça dirons qu’il n’y a pas d’écriture dans un film. Mais moi je vous assure que si. Et je ne parle pas des sous-titres ou des génériques. D’ailleurs, pour peu qu’on en ait vu assez, on peut très bien ne voir qu’un long script qui se déroule quand on regarde un film.

Hein ? C’est vrai. Je me contredis encore car je vous avais assuré ne pas m’y connaître en cinéma. Me voilà pris à mentir. Disons que, des films, j’en ai vu une chiée dans ma jeunesse, mais je n’en regarde plus beaucoup depuis sept-huit ans. Et quand je dis que j’en ai vu, je matais surtout ceux qui me passaient sous le pif ou ceux dont des amis·es me parlaient, mais je n’ai jamais véritablement fouiné du côté des classiques, noir et blanc, muet, bien que j’en ai quand même également vu dans le tas… enfin bref, je n’ai jamais développé un savoir encyclopédique du cinéma en tant qu’art, avec son histoire, ses techniques, ses génies et ses humbles artisans. Cela dit, en écriture, je m’y connais un peu, et en mise en scène également (c’est souvent le cas pour les enfants des années 80 qui nous sommes tapés de l’audiovisuel non-stop depuis la naissance —pour peu que nous ayons un peu pratiqué l’analyse d’œuvres au lycée ou à la fac, nous sommes de vrais pro—) et je peux vous dire que devant la plupart des films qui me passent sous le nez, ou devant les yeux plutôt, je me fais super chier parce que, justement, je ne vois qu’un script si cliché et des dialogues si plein d’informations —qui ne sont que des clés pour deviner à l’avance ce qui va se passer dans les trente prochaines minutes— que les images et la musique me passent souvent au dessus de la tête car elles ne font que réitérer un message qu’on avait déjà reçu. Alors, je m’agace sur mon siège, je m’impatiente. Chaque lumière, chaque plan, chaque note sont si souvent tellement pleines d’intentions qu’on n’est plus surpris par rien quand le dénouement arrive. Tout nous est annoncé, faudrait jamais qu’on soit dans le flou on dirait. Ben moi je veux être dans le flou. Je veux ne pas comprendre tout à chaque instant et trois plombes à l’avance. Je veux me laisser le temps de ressentir, de développer des émotions devant une belle photographie, devant un grain d’image, je veux que mes sens soient frappés. Je veux être surpris.

Si la tendance actuelle n’allait pas à l’opposé de ça, je serais sans doute moins demandeur de ce genre de cinéma, et on pourra d’ailleurs me dire que ce style de films existe et qu’il ne tient qu’à moi de les regarder. On pourra également me dire qu’après avoir maté The Spy Gone North et écrit que je l’avais beaucoup aimé car tout n’était que dialogues, c’est un peu fort de chicorée. Ah oui ? Et bien, je vous l’ai dit, je ne suis que contradiction. Et comme j’avoue n’être que contradiction, que voulez-vous bien m’opposer maintenant ? Que parfois je suis cohérent ? Ah ! Si vous faites ça, vous allez être bien embêtées·s , car je vous répondrai encore qu’en étant cohérent je contredis le fait de n’être que contradiction, et un grand trou noir s’ouvrira sous nos pieds et engloutira le monde. C’est ça que vous cherchez ? Allons, soyez raisonnables. Taisez-vous donc, ça vaudra mieux pour tout le monde.

Bon, voilà pour aujourd’hui. Je n’ai peut-être pas tout dit, mais j’estime n’avoir pas lésiné sur le n’importe quoi. C’est déjà la moitié du contrat de rempli, ce dont je me satisferai car, décidément vous n’écoutez rien il faut tout vous répéter, je suis un fainéant. Allez, c’est tout pour moi. À demain.