#004 – Ces rues de Lyon qui changent de nom et de genre

Aujourd’hui, après nous être levés à six heures du matin mon amie et moi, je suis allé marcher un peu. Six heures !! vous vous dites. Et oui. Nous sommes à la fois la France qui se lève tôt et les assistés au RSA. Certains ou certaines pourraient y voir un paradoxe, maiz-ilz-et-zelles se tromperaient. C’est que nous sommes de vraies raclures, le vice dans le sang je vous dis : si on se lève si tôt, c’est pour pouvoir profiter au maximum de nos journées à ne rien branler. Les heures qu’on passe à dormir, c’est de la bonne oisiveté perdue. Confiture aux cochons. Allons, allons ! Calmez-vous ! Reposez ce stylo Sarko 2012 et rangez ce pins du medef… je vais tout vous expliquer, vous n’allez quand même pas risquer la taule pour ça, non ? Tout ça c’est des blagues, vous vous en doutiez bien. Mon amie devait parcourir des kilomètres pour effectuer en stage dans le but de travailler un jour *tousse-traîtresse à la cause-tousse-tousse*, et moi je me suis simplement levé par solidarité. Bon, où j’en étais ? Ah oui, je suis sorti marcher. Comme souvent. J’adore marcher. Et depuis que j’habite ici, j’ai souvent tendance à partir du côté du Vieux Lyon. Pour ça je traverse le pont de la Guillotière, puis tout droit par Bellecour —sans jamais y jeter un œil, il paraît que c’est le kilomètre 0 de Lyon, mais pas que ! c’est également le degré 0 de l’esthétique. Remarquez, avec un nom pareil on ne peut que décevoir—, et enfin y a plus qu’à se farcir le pont Bonaparte à l’entrée duquel (côté Quai des Célestins) on peut parfois écouter et regarder un bonhomme jouer de l’orgue de barbarie.

Je marchais, donc, en me demandant ce que j’allais bien pouvoir vous raconter sur ce blog parce que je ne peux pas vous faire le coup de la panne d’inspiration chaque jour, quand je tombai sur une rue qui venait d’être renommée. Le coup de bol quoi !

Sur le coup, je me dis : chouette ! Je vais essayer d’en trouver d’autres, et quand j’en aurais pas mal, je ferai un article sur les nouvelles vieilles rues du Vieux Lyon. Rien qu’à le lire, vous voyez bien que c’est une bonne idée. Bon, mais au final ce n’est pas ce que j’ai fait. Je me suis aussi dit : c’est vrai qu’il y a beaucoup d’églises ici et qu’on m’avait prévenu que c’était le fief des cathos, alors peut-être qu’au fond ce n’est pas si mal de commencer à lentement déreligieusiser (je sais) les lieux publics en donnant le nom d’un écrivain à l’ancienne rue des Prêtres. Notez que je n’ai rien contre les religions, mais bon, puisque c’est souvent sujet à tensions, si on peut trouver autre chose… Seulement comme je viens de m’apercevoir du fait que le titre de cet écrivain était Monseigneur, je me demande si ma remarque était bien pertinente.

Enfin, bon, et puis j’avance d’une, deux centaines de mètres, pas plus, et là ! sur quoi est-ce que je tombe ? Une nouvelle rue renommée. Et oui. L’univers avait entendu ma demande, le cosmos m’avait répondu, il me tapait sur l’épaule et me disait : t’es pas tout seul mon vieux, t’es pas tout seul…

Bon, okay, ça ne fait pas aussi officiel. Ou alors la mairie est vraiment dans la merde financièrement. Mais non, vu le quartier, c’est pas possible. Il s’agit donc sans doute d’une démarche féministe. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet dans ses moindres détails, car d’autres l’ont fait bien mieux je ne le pourrais, mais ils s’agit de rendre les femmes un peu plus visibles dans notre société, dans nos espaces publics. Ce genre d’actions a déjà été mené à Lyon en 2014, puis à Paris en 2015 et à Montpellier en 2016 (qui d’ailleurs semble avoir convaincu la municipalité) par l’association Osez le féminisme ! L’un de ces articles nous informe aussi du fait que dans notre beau pays où « égalité » s’étale en lettres capitales sur le fronton de nos mairies, 2% seulement des noms de rues sont celles de femmes retenues par l’Histoire. Aux dernières nouvelles, les femmes constituent 49,6% de la population mondiale. Vous voyez où on veut en venir à peu près du coup ?

Les pas jouasses qu’auraient du beurre à la place de la culture et qui l’étaleraient donc en conformité au bon mot dont je ne me souviens plus mais qui est très connu en clamant que si on retient plus souvent les grands hommes de l’Histoire que les grandes femmes, c’est parce qu’elles sont moins nombreuses devraient y réfléchir à plusieurs fois avant d’ouvrir leur claque-merde. C’est justement cette erreur de raisonnement que ces actions démontent en montrant qu’on pourrait aisément rendre un hommage à une femme illustre pour chaque rue, place ou MJC, ou stade ou quoi ou qu’est-ce, que compte une ville. Et même, on pourrait faire le pari que pour chaque rue, on pourrait même rendre hommage à deux femmes.

Mais ménageons les angoissés d’un non-respect de la parité inversé dans un avenir proche : il n’a jamais été question au cours de ces démarches de faire disparaître les noms masculins de petites plaques bleues ou blanches (ou vertes… je ne sais pas s’il y a d’autres couleurs encore. Y a-t-il une norme des plaques de noms de rues ? C’est à chercher). Bien qu’à La Ville-aux-Dames, près de Tours, ce soit le cas (bel article à ce sujet) et que personne ne trouve à s’en plaindre. À Perpignan par contre, loin des 100% de noms de femmes, nous sommes à 1%.

Espérons donc que ces petites plaques choquent moins les quelques angoissés du grand remplacement du masculin par le féminin qu’elles ne rappelleront à tout le monde qu’on oublie encore trop souvent les femmes qui par le passé ont contribué à faire de notre présent ce qu’il est, et qu’il est temps de corriger la mauvaise manie des chroniqueurs et queuses de l’Histoire de n’accorder qu’au masculin les honneurs posthumes. Temps également de casser la triste habitude d’envisager l’Histoire uniquement comme l’histoire des gouvernements, des armées et des religions —domaines majoritairement conçus comme chasse gardée des hommes— et non celle des folklores, des arts populaires, des actions sociales et solidaires spontanées, des sciences et de la recherche sur le terrain, de l’enseignement et de l’éducation avec les moyens du bord, bref, l’histoire de toutes celles et ceux qui, plus ou moins anonymement, ont simplement vécu. Femmes comme hommes, sans distinction.

Aung San Suu Kyi, hein ? Ouais, bon, les rebaptiseuses et/ou rebaptiseurs auraient pu trouver un peu moins dictatorial comme exemple, mais après tout, il y en a sans doute aussi, inscrits sur des plaques, des noms de bonhommes qui ont chié sur l’humanité de leur vivant pour ne favoriser qu’une petite partie bien délimitée de celle-ci. À Montpellier, Georges Frêche, qui lui même n’était pas un saint, nous à bien gratifié d’une place du XXe Siècle où les statues de Nelson Mandela et de Gandhi côtoient celles de Lénine et de Mao Zedong… Et lui ne s’est pas contenté d’inscrire leurs noms sur une feuille à carreaux à ses propres frais. Non. Il a fait sculpter dix statues en bronze avec du bon argent bien public. D’ailleurs, cette place du XXe Siècle, on l’appelle aussi place des Grands Hommes, sans doute pour la bonne raison qu’une fois de plus une seule femme pour neufs hommes est représentée, et il s’agit de Golda Meir. Alors bon, Aung San Suu Kyi ? Ça n’aurait pas été mon choix, mais pourquoi pas. La Birmanie, je n’en sais vraiment pas grand chose, et au premier coup d’œil il m’est difficile de comprendre quel rôle joue réellement cette personne dans sa région du monde.

Au passage, ces plaques de rues artisanales me touchent d’autant plus que les personnes les ayant posées n’ont pas attendu une journée internationale des droits des femmes, ou un quelconque rassemblement (à ce que je sache), et n’avaient visiblement pas de grands moyens. Elles l’ont juste fait avec ce qu’elles avaient sous la main. Peut-être même que cette personne était seule. Bravo, donc. J’applaudis des deux mains (quelle expression à la con), et j’espère que vous en faites de même derrière votre petit écran d’ordinateur.

Je repense à la plaque d’Aung San Suu Kyi et je me dis que, de toute façon, le principe de l’égalité homme-femme-autre, c’est bien aussi que chacun·e ait le droit d’être aussi con·ne, aussi méchant·e, aussi arrogant·e, aussi opportuniste, aussi manipulatrice·teur, que son voisin ou sa voisine. Bien sûr qu’on souhaiterait que toute cette tolérance enclenche une sorte de cercle vertueux, mais bon… Enfin, chacun·e devrait également avoir le droit d’être aussi bisounoursiste que sa voisine ou son voisin, non ? Quoi qu’il en soit, en vérité, moi, grands hommes ou grandes femmes et honneurs posthumes hein, dans l’absolu, j’en ai rien à carrer. Les gens de pouvoir, les personnes qui veulent influencer les masses, marquer l’histoire… ils et elles me sont suspects, de base. Après, faut voir au cas par cas… Non, sans déconner, ça me travaille beaucoup trop cette plaque Aung San Suu Kyi. Faut que j’arrête d’y penser. Vous n’êtes pour l’instant pas très nombreux·ses à lire ce blog (peut-être parce qu’on n’en est qu’au quatrième billet et que j’ai laissé tomber l’écriture quatre mois entre le précédent blog et celui-ci) mais si ça invoque une envie pressante de vous exprimer, n’hésitez pas à vous soulager dans la section des commentaires, c’est fait pour ça.

Anecdote à la con pour conclure ce billet bien fourni : il y a quelques années, je voulais écrire un scénario de B.D. ou de court-métrage dans lequel il aurait été révélé que le ras-de-marée d’émissions de télé-réalité complètement pourries sous lequel nous avons été englouties·s ces quinze dernières années était en réalité non pas la conséquence d’une volonté conjointe des chaînes de télévisions et des annonceurs publicitaires de faire un max de pognon, mais bien une tentative des municipalités et des constructeurs de faire émerger de nouvelles célébrités le plus rapidement possible afin de pouvoir nommer les centaines de milliers de rues et d’immeubles nouvellement créés chaque année, l’Histoire ne suffisant plus à en fournir en quantité nécessaire au rythme où bâtissent nos sociétés modernes. Hélas, ce scénario est rendu caduque par le fait que désormais nous constatons toutes et tous que si l’on venait à manquer de noms, il suffirait de commencer à choisir du côté de l’humanité né avec une paire d’ovaires —aujourd’hui, et au dernières estimations, cette part de représenterait environ 3,7 milliards d’individus, ça devrait amplement suffire même si on s’interdisait de taper dans les personnes décédées—, et cette constatation, qui fait voler en éclat mon petit scénario, nous la devons aux féministes. Décidément, elles sont toujours là pour faire chier celles-là.

 Allez, à demain. La bise.



#003 – On navigue à vue, sauf qu’on n’y voit rien.

Les grands artistes, c’est-à-dire ceux qui sont très productifs ou qui font beaucoup parler d’eux, sont-ils tous de grands angoissés ? Et là, plutôt que de coller de l’inclusive à tous les mots je recommence au féminin : les grandes artistes, c’est-à-dire celles qui sont très productives ou qui font beaucoup parler d’elles, sont-elles toutes de grandes angoissées ? (Vous voyez qu’il nous manque un vrai neutre.) Je me pose la question. Je n’ai jamais passé autant de temps à composer, à dessiner ou à écrire que dans les périodes où j’étais au plus bas. Dans les moments où ça va plutôt bien, rien ne me pousse à fabriquer quoi que ce soit. Enfin, rien… L’ennui, parfois. Mais l’ennui produit des petits gribouillis sur un coin de feuille, trois notes sur un projet Logic qui dormira au fin fond d’un dossier jusqu’à la mort du disque-dur sans jamais être ré-ouvert, ou, au hasard, une note de blog qui explique qu’on ne sait pas quoi raconter… Rien de grand, rien de merveilleux, rien qui dise : regardez, j’existe, youhou ! Regardez-moi, regardez-ça, comme c’est beau hein, si, c’est beau ce que j’ai fait, ou en tout cas c’est impressionnant, c’est indéniable, ça veut dire que vous devez m’aimer. Regardez, j’ai pris des belles couleurs, choisi de belles harmonies, enfilé les plus beaux mots que je connaissais les uns après les autres pour que vous m’aimiez, alors soyez pas vache !

Voilà, c’est ça. J’ai comme l’impression que l’ennui produit l’art pour l’art, l’art pour soi, et que l’angoisse produit l’art pour affirmer son existence, l’art pour le regard de l’autre. Il me semble que là, si j’étais dans un PMU, j’aurais eu droit aux applaudissements de la salle. Oui, d’accord, faut vraiment que j’arrête de faire comme si le PMU était LE lieu de la philosophie à deux ronds, c’est vieux jeu. Et puis j’oublie l’art pour le pognon, aussi. Démerdez-vous pour le faire rentrer quelque part dans ce schéma, moi j’en ai déjà marre.

Toutefois, cette réflexion n’était pas anodine. Si je me la pose aujourd’hui, c’est que je ne sais pas quoi raconter, justement. Ce matin je me suis réveillé naturellement à 9h et, malgré l’absence de soleil, j’étais plutôt de bonne humeur. Sans me laver, j’ai enfilé mes fringues de la veille pour aller faire un petit tour en ville. J’espérais prendre quelques photos pour le blog et m’acheter un truc à grignoter. Pas prendre un café ; depuis que j’ai arrêté de fumer (pour la vingtième fois en trois ans, je crois), le café, c’est trop dur. Eh ben je me suis bien baladé, malgré la pluie, et je n’ai rien pensé à photographier. J’étais juste… bien. Je pensais à des choses et d’autres… Pas d’angoisse de l’après, celle que je ressentais souvent fut un temps et qui me faisait me dire : okay, là on s’amuse, mais après, qu’est-ce qui va se passer, hein, on va déprimer de s’être autant amusé, on va se sentir tout seul, tout nu dans un grand vide émotionnel, ça va être la grande descente, non, on ne peut pas se reposer, il faut vite préparer la suite. Ce matin, rien de tout ça. Je me baladais, et c’était suffisant.

Là, vous vous dites sans doute que je suis en train de bien me foutre de votre gueule puisque je vous colle un photo sous le nez alors que j’ai dit ne pas en avoir prise. Vous êtes vraiment pas malins, hein ? C’est une que j’avais en stock d’un matin où je me rendais à l’association dans laquelle je fais un peu de bénévolat. Il était 8h du matin, et j’ai toujours rêvé de visiter Silent Hill, alors clic-clac, j’en ai pris quelques clichés avec mon téléphone. Ça n’avait pas vocation à se retrouver sur le blog, mais puisque je n’ai rien à raconter, autant balancer deux trois images pour faire illusion.

On m’avait dit qu’à Lyon il y avait souvent du brouillard avant que j’emménage, et c’est vrai qu’il y en a. J’adore ça. La pluie me fait chier, mais un gros brouillard bien dense (chose étrange, sur les photos que j’ai prises on voit mieux que ce que j’y voyais moi-même, je ne sais pas à quoi c’est dû. Le brouillard était très blanc, très proche. Du genre, de mes propres yeux, je ne voyais pas plus loin que le petit panneau jaune, lui-même bien voilé par la brume. Si quelqu’un sait à quoi c’est dû, je serais curieux de le savoir.), même super humide, qu’est-ce que c’est beau ! J’en boufferai bien tous les jours. L’imagination peut enfin venir se superposer au réel, et sans artifice hautement technologique. Quel bonheur de ne pas savoir ce qui pourrait surgir de la brume à tout moment et à moins de dix mètres de nous. Tant que ce n’est pas une voiture sortie de la route, bien entendu.

Hein ? Elle commence à être longue cette note de blog ? Oui, je suis d’accord, je vais la terminer rapidement. C’est qu’à force d’écrire pour rien je commence à trouver quoi vous dire, c’est rageant. Bref, faisons vite. Si vous aimez les ambiances à la Silent Hill, vous aurez sans doute déjà vu des images de la ville réelle qui a inspiré la fiction, Centralia, en Pennsylvanie aux États-Unis. Avant c’était froid, très austère. Maintenant les fans du jeu vidéo et des diverses adaptations taguent à tours de bras les routes et certains bâtiments, ça ne gâche pas vraiment le côté étrange et inquiétant du lieu, mais ça change la nature de l’ambiance. Je ne saurais pas dire si c’est dommage ou pas. Et là j’allais faire mon malin en vous filant deux, trois liens vers les comptes twitter de photographes d’urbex Français et Japonais dont le travail vous plonge dans des lieux qui furent un temps aménagés par l’homme mais sur lesquels la nature à repris le contrôle, seulement, je me rends compte que je les suivais depuis le compte que j’ai supprimé il y a un an… donc c’est raté. Je chercherai ça et je vous les balancerai ici si je les retrouve. En attendant, vous pouvez aller fureter du côté du bien maigre subreddit r/SilentHillPorn, collection de photos de villes dans la brume ou d’intérieur d’immeubles en ruine. Ouais, y a pas grand chose, du coup ce serait pas mal de l’alimenter si vous avez de quoi dans vos fonds de tiroir.

Si j’écoute de la musique quand je me balade dans le brouillard ? Très bonne question, bravo. Eh bien oui, s’il se trouve que j’ai mes écouteurs sur moi, j’écoute le plus souvent l’album Damnation, de Opeth, mais ça peut également être Blackwater Park, du même groupe. Je conseille à tout le monde d’essayer ça avec le premier des deux albums cités, et à ceux qui ont une bonne tolérance au métal je conseille d’essayer avec le second. Allez, sur ce, je vous laisse, et je vous souhaite qu’il fasse bien gris par chez vous en ce premier dimanche de décembre. La bise.

#002 – La révolution ? T’es sûre ?? Moi j’avais noté jeudi dans mon agenda.

Il paraît que ça manifeste en France en ce moment. Je n’ai trop saisi de quoi il s’agissait. J’ai bien entendu certaines expressions revenir fréquemment ces derniers jours : gilets jaunes, gilets violets, carburant, retraites… Bon, j’imagine vaguement de quoi on se plaint, mais pas plus. Ceux et celles qui se sentent concernés et nées ce coup-ci doivent s’agacer rien qu’en lisant ça. Ils auront sans doute raison de me reprocher le fait que si leurs revendications de sont pas écoutées par le pouvoir, c’est de la faute de types comme moi qui ne bousculent pas leur quotidien pour s’informer→menacer→gueuler→bloquer→saboter jusqu’à ce que, acculé, le gouvernement ne puisse plus que céder. Et je n’en suis pas fier, mais voilà : chez moi, ça fonctionne par périodes, le fait de suivre ou non l’actualité, de m’engager avec le collectif dans des démarches de résistance ou de réinvention de la société. Et bon, en ce moment, l’actu, je n’y jette même pas un regard en coin.

Moi-même, quand j’allais manifester, quand je me fondais dans un mouvement contestataire, j’en voulais assez aux gens qui n’y prêtaient pas attention. Après tout, je pense que oui, le succès d’une telle démarche tient au nombre d’individus qu’on parvient à mobiliser. Pas seulement parce que ça impressionne quand on est beaucoup sur les images au J.T., mais parce que plus les gens en parlent, plus l’opinion change et plus les politiciens, ou les industriels, sont bien forcés de prendre en compte cette opinion dans leurs tentatives de se faire aimer, eux ou leurs produits, des masses. Quoi ? Hein ? Je raconte n’importe quoi ? Sans doute. Je n’ai jamais étudié la politique. C’était simplement mon impression. Je m’excuse auprès des savants.

Aujourd’hui, j’oscille entre indulgence (envers les autres et moi-même) et radicalité dans mes choix de vie personnels. Au niveau alimentaire (pensez végétarisme, souffrance animale) ou du lieu et de la provenance des achats que j’effectue chaque jour, ainsi qu’au niveau des mes activités (qui me rémunère, à quoi je participe, quelles sont les finalités pour moi, pour l’entreprise —au sens large—que je sers, quelles valeurs est-ce que je renforce —le pognon ou le bien-être avant tout ? l’individu libre ou le groupe solidaire— ?). J’ai vraiment envie d’en vouloir, par exemple, à ceux qui pour oublier la brutalité de notre société se noient dans le divertissement au lieu de s’y opposer. Pourtant j’admire toutes les formes d’art et celles et ceux qui les pratiquent. D’ailleurs, j’en pratique beaucoup moi-même et ma vie serait d’un ennuie mortel sans musique, sans littérature, sans cinéma, sans jeux. Alors au final je ne sais plus trop ce qu’il faudrait penser, ce qu’il faudrait faire… J’ai la tête qui tourne… Je suis pétri de contradictions.

Je m’impatiente souvent, par exemple, de voir se généraliser ce pas de côté que nous proposait Gébé il y a presque cinquante ans, car j’estime l’avoir moi-même effectué pour la première fois il y a bien longtemps et avoir continué à le pratiquer à haute fréquence depuis. Mais pour d’autres, assez éloignés de moi, qui ont un autre point de vue sur la scène, qui sait si je ne donne pas l’impression de continuer à avancer dans une file indienne bien droite, bien nette… en marchant en crabe, oui, peut-être, mais sans jamais m’extirper du courant général. Tout en ne rompant avec aucune des manies sociales bien enkystées, je m’ajouterai en plus le ridicule de croire en être sorti. Ah… Combien de causes dont je me moque éperdument et en lesquelles d’autres fondent tous leurs espoirs d’un avenir meilleur ?

Mais… attendez ! On ne serait pas en train de s’emmerder terriblement pour cette seconde note de blog ? Carrément, je suis d’accord avec vous. Allez, en plus j’ai d’autres choses à faire que de me triturer la culpabilité parce que je n’en ai rien à foutre des dernières manifestations. C’est un comble d’en avoir quelque chose à faire de n’avoir rien à faire de quelque chose. Arrêtons ça tout de suite. On se revoit demain si je ne vous ai pas définitivement gonflé·e (quel dommage de ne pas avoir un vrai neutre dans notre langue pourtant si foisonnante de subtiles variations et de bidules à enculer les mouches [nous en reparlerons un jour, de l’écriture inclusive]), et on verra si j’ai finalement trouvé un sujet intéressant d’ici là.

Bisettes.


#001 – Nous sommes bien arrivés, et donc, ben, c’est parti !

Nous sommes bien arrivés à Lyon. Il y a trois mois. Non, on n’a pas donné beaucoup de nouvelles. Désolé. Et vous, vous avez écrit pour en prendre ? Hein ? Alors. La ramenez pas trop. Bon. Nous sommes bien arrivés à Lyon, je disais, mon amie et moi. Sommes-nous Lyonniais pour autant ? Je n’en sais rien. On m’avait beaucoup parlé de « l’état d’esprit du coin », mais entre nous, je ne l’ai pas ressenti. Tant mieux. Les états d’esprit du coin, je m’en méfie assez fort. Acharnez-vous à le débusquer, l’état d’esprit du coin, et vous passerez à côté de tout ce qui n’est pas caricatural, de tout ce qui aide à ressentir chaque instant comme inédit et qui empêche de vivre la succession des jours comme autant d’épisodes d’une vieille série dont on se farcit les rediff’ depuis des décennies. Et donc, très bien, personne ne m’a obligé à bouffer de quenelles, les gens que j’ai rencontrés jusqu’à maintenant sont accueillants, souriants, sympa quoi, et on ne me fait jamais remarquer que je ne suis pas du coin. Tout le contraire de ce dont on m’avais mis en garde.

Mmmh, oui… Je vois ce que vous voulez dire… C’est peut-être parce que j’ai pas vraiment une gueule d’arabe ou d’asiatique, ou que j’ai le teint pâlot, qu’on ne me fait pas sentir que je ne suis pas du coin. Peut-être. On va pas se mentir, on remarque vite les affiches et autres stickers de divers groupes identitaires quand on se balade un peu. En tout cas assez pour s’en faire la remarque en tant qu’ex-Montpelliérien.  Cela dit, pour être tout à fait honnête, il y avait un peu plus loin un tag sur le sol qui disait « Migrants, bienvenus ! » Je ne l’ai pas pris en photo sur le coup et je ne le retrouve pas. On tombe aussi assez facilement sur des locaux dont on devine au premier coup d’œil qu’ils accueillent les activités de groupes issus des gauches radicales, et tout un tas de lieux de partage et de solidarités. Alors commençons pas à caricaturer.

Puisqu’on cause photo, sur montpellierien.com, Gwlad nous faisait l’honneur de nous en fournir une par jour. Malheureusement pour nous, il est bien loin le temps où elle résidait à Caluire, et donc, pour Lyonniais.com, il va falloir que je m’y colle moi-même. Vous attendez pas à des merveilles du coup. J’ai bien retrouvé un vieux numérique, mais comment vous dire… Je dois l’avoir depuis huit ans sans que jamais ne me soit venue l’envie de m’en servir. Pas une seule fois. Vous voyez si j’aime ça. Déjà qu’un billet par jour je suis pas certain de tenir bien longtemps, ne vous étonnez donc pas si vous n’avez régulièrement que du texte bien sec, bien indigeste à vous mettre sous la dent. Vous êtes prévenus·es. Venez pas chouiner.

Si vous êtes photographe vous-même, vous pouvez éventuellement me fournir de quoi habiller le blog ! Par contre, y a pas de pognon à se faire. Rien n’est monétisé et je suis au RSA. Désolé, j’ai vu que vous y aviez cru une seconde.

Oui, alors, je disais que l’état d’esprit Lyonniais dont on m’avait rebattu les oreilles (et non rabattu comme j’ai pu le lire récemment je ne sais où —ouais, je pinaille pour faire oublier que j’ai recours à des expressions toutes faites, vulgarité des vulgarités pour un écriveur, mais chut, personne ne l’avait remarqué, je serai plus créatif un jour où j’aurais plus de temps, promis—) je ne l’ai pas ressenti, et donc qu’il m’était bien impossible de juger de notre Lyonniaiserie, à mon amie et moi. Non à ce propos d’ailleurs, mais à propos d’un propos tout autre, si vous êtes nouvelle ou nouveau sur le blog, c’est-à-dire que vous ne lisiez pas montpellierien.com, je préfère vous prévenir : ici, faut pas avoir peur de la digression, car je ne vous en économiserai aucune. Sur ce blog, aucun sujet principal, aucune manière de traiter les sujets particulière, simplement Lyon en toile de fond pour être sûr de pouvoir me rattraper à quelque chose les jours où je ne serai pas bien inspiré. Ce qui sera sans doute le cas la plupart du temps. Bref, je vais causer de ce qui me chante, au moment où j’y pense, et revenir très rarement en arrière pour me corriger. Y aura des fois où ce sera sympa, y aura des fois où ce sera chiant. Y aura des fois où, conscient de me faire chier et vous avec, je balancerai peut-être une citation d’un auteur quelconque, comme par exemple cette magnifique introduction de Maurice Pinguet à son sous-chapitre consacré aux suicides des jeunes dans son ouvrage La mort volontaire au Japon : « ce ne sont pas les derniers moments amers qu’ils refusent, mais d’emblée la vie tout entière, avec ses chances indéfinies. Ils semblent avoir eu le sombre courage d’entendre l’oracle de Silène au roi Midas : Quel est le plus grand bien pour l’être humain ? — N’être pas né. Sinon, mourir tout de suite. » Alors vous vous direz : oh, comme c’est beau, ce qu’on en apprend des choses sur ce blog, ce qu’on s’élève culturellement, ce qu’on frissonne d’émotion ! Et le tour sera joué. J’aurais gagné un lecteur ou une lectrice sans trop me la fouler. Vous êtes si facilement manipulables.

Bon quoi qu’il en soit et quoi qu’on en pense, je n’ai pas trouvé l’esprit Lyonniais au cours de ces trois derniers mois, et puisque je ne le cherchais pas, c’est très bien comme ça. D’autre part, comme ce soir c’est moi qui me colle à la bouffe et qu’il est déjà 19h45, nous en resterons là de cette non-recherche pour aujourd’hui. Quant à l’ouvrage de Maurice Pinguet, je le conseille grandement à toutes celles et tous ceux qui s’intéressent au suicide, au Japon ou au deux. C’est une merveille.

Sur ce, portez-vous bien, et à demain.

#000 – Patience, lyonniais.com est bientôt là.

J’avais d’abord pensé à Lugdunul.com, pour le titre du blog. Mais malheureusement pour moi, l’Histoire (non, vraiment, ce H majuscule, je m’y fais pas…) est plus compliquée qu’il n’y paraît, et paraîtrait-il, justement, que Lyon ce n’est pas seulement Lugdunum, mais c’est également Condate. Et qu’est-ce que vous vouliez que je fasse avec ça ? Je me suis rabattu illico sur le second jeu de mots le plus insipide qui puisse être : Lyonniais. J’aurais bien aimé vous y voir à ma place, qu’est-ce que vous auriez trouvé, vous ? Ah, direct ça fait moins les marioles, hein. Bon, au final, ça n’ira pas si mal que ça avec le contenu du blog. N’ayant jamais vécu à Lyon auparavant, chacun·e pourra découvrir mon ignorance de l’histoire de la ville au fil des articles. Et pas que de l’histoire, de l’état d’esprit aussi, des coutumes, des coins où il se passent des choses sympa, des personnes célèbres… Bref, de tout. Si j’étais un Montpelliérien aguerri après douze ans à y vivre, je suis un vrai petit nouveau ici.

Alors voilà, dès que le déménagement sera terminé, vous pourrez lire ici un petit texte chaque jour sur ma vie dans ce coin du monde. Sur ma vie ou sur autre chose. Ce sera selon mon humeur. En attendant mes péripéties auvergno-rhône-alpaises, vous pouvez toujours allez lire mes aventures pas vraiment passionnantes en Occitanie sur le blog montpelliérien.com —sur lequel j’ai déjà brièvement évoqué Lyon ici, , ou encore ici— et qui se meurt à petit feu. Et pourquoi qu’il se meurt ? Hein ? Mais je vous l’ai dit, parce que je suis en plein déménagement pour venir m’installer à Lyon ! Suivez un peu, sinon ça va vite devenir fatiguant.

Bon, allez. À bientôt.